Comment prier (4)

aller à la page
  …   

Les Signes

 

Moyens de discerner

Thérèse mais surtout Jean de la Croix nous donnent quelques moyens pour nous aider à discerner l’action de l’Esprit-Saint dans notre prière.

 

L’impossibilité de méditer … comme auparavant.

Cette impossibilité est l’élément le plus perceptible dans la mutation de notre prière. Prendre un texte de l’Évangile, faire des considérations sur son contenu, prendre des résolutions, tout cela ne va plus. Si on essaie malgré tout, on n’éprouve qu’aridité.

Pour que cette impossibilité retienne notre attention, elle doit s’étendre à toute prière, se maintenir, croître, s’imposer. Elle peut être réelle même si l’imagination continue à vagabonder.

Dieu se fait connaître d’une autre façon : tout devient gris. On perd le goût et la consolation (satisfaction) dans les choses de Dieu, dans les obligations familiales ou autres, dans la vie professionnelle. L’Esprit saint veut devenir, en celui qui cherche Dieu, l’unique principe de son agir. Il s’agit d’un nouveau mode d’aimer.

Ces deux signes négatifs :

  • l’impossibilité de méditer,
  • tout devient gris, font penser à un déblayage, à une préparation.

Ils sont accompagnés par deux autres signes qui dénotent les effets positifs de l’action divine :

  • dans l’intelligence, Dieu donne une connaissance générale, obscure ;
  • dans la volonté, Il fait naître une sollicitude d’amour.

 

Connaissance générale et amoureuse.

« L’âme aime à se tenir seule avec une attention amoureuse à Dieu, sans considération (pensée, jugement) particulier, en paix, repos, sans faire agir ses puissances (mémoire, intelligence, volonté). … Elle demeure ainsi sans comprendre quelque chose de distinct, sans comprendre ce qu’elle atteint. »
S. Jean de la croix (IIe Montée du Carmel II chap. 13)

 

La sollicitude d’amour.

Le contact avec Dieu ne donne plus satisfaction. Il est normal qu’on s’inquiète. Est-on en train de perdre Dieu ?

« On est ordinairement occupé de la pensée de Dieu avec un sentiment d’anxiété douloureuse. On se figure qu’on ne sert pas Dieu et qu’on recule à son service. »

S. Jean de la croix (Ière Nuit Obscur chap. 13)

L’inquiétude prouve qu’il n’y a rien à craindre. En effet celui qui est tiède ne s’inquiète pas de sa relation à Dieu. Sollicitude d’amour… souci de servir Dieu, de l’aimer au fil du quotidien… dans la prière, dans l’action.

Pendant cette Nuit on va de l’avant sur le chemin, on est pris et travaillé par Dieu.… laissons la Nuit nous prendre par la main !

Ô Nuit !
Ô nuit ! toi qui m’as guidée.
Ô nuit ! plus que l’aurore aimable.
Ô nuit ! toi qui as uni
L’Aimé avec son Aimée,
L’Aimée en son Aimé transformée.

                 (Poésie Nuit Obscure) 

 

QUELLE ATTITUDE ADOPTER ?

Dans la prière : persévérer 

Ayant reconnu ces signes dans notre vie d’oraison, St Jean de la Croix et Ste Thérèse nous nous encouragent vivement à persévérer jusqu’à ce que Dieu lui-même nous fasse franchir le seuil qui nous mène des premières oraisons à l’oraison contemplative.

 

Confiance et abandon 

La nouvelle attitude sera donc toute d’accueil, de réceptivité et d’abandon, confiant en Jésus opérant dans notre cœur son œuvre d’amour en secret.

Nous ne nous préoccuperons plus de ce que nous pouvons ressentir ou comprendre mais nous nous abandonnerons dans la confiance et l’amour à l’action vivifiante de l’Esprit Saint.

 

Dans le quotidien de la vie 

Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus est notre guide par excellence pour développer une vie d’oraison intense à la portée de tous dans le quotidien d’une vie toute ordinaire. Sa petite voie nous trace un chemin sûr pour atteindre l’union à Dieu tant désiré par tous les mystiques d’hier et d’aujourd’hui.

Avec l’oraison contemplative, le chemin devient rivière. « Les rivières sont des chemins qui marchent tout seuls et qui portent là où on veut aller » Pascal

 

Quel comportement adopter ?

 

DANS LA PRIÈRE

Cette harmonisation appelle principalement trois comportements nouveaux s’imbriquant les uns dans les autres :

  • ne plus méditer comme avant,
  • se contenter d’accueillir, de recevoir,
  • prier avec une simple attention amoureuse à Dieu.

 

NE PLUS MÉDITER COMME AVANT

Dans l’intelligence, (au niveau cérébral), l’intervention de Dieu fait que nous ne sommes plus capables de méditer au moyen des images et des concepts.

« Auparavant on lui fournissait un sujet à méditer et elle méditait ; maintenant, qu’elle ne médite plus. Du reste, (…) elle le voudrait qu’elle ne le pourrait pas, et ne ferait que se distraire. »
S. Jean de la croix (Vive Flamme B chap. 3)

De son côté, (au niveau du cœur), la volonté ne trouve plus les goûts et les douceurs que lui apportait la prière.

« Auparavant, elle cherchait l’amour sensible, la ferveur sensible, et elle les trouvait. Maintenant elle ne doit plus ni les désirer, ni les rechercher, et tous ses efforts ne les lui donneront pas, mais ils ne lui apporteront que sécheresse. »
S. Jean de la croix (Vive Flamme B chap. 3)

 

SE CONTENTER D’ACCUEILLIR, DE RECEVOIR.

« Il convient en effet, nous dit Jean de la Croix, que celui qui reçoit conforme sa manière de recevoir au don qui lui est fait, afin de le recevoir et de le retenir tel qu’on le lui communique. (…) Dieu se comporte avec une connaissance simple et amoureuse, en la façon de lui donner, de même l’âme doit aussi se comporter, en la façon de recevoir, avec une connaissance ou un regard simple et amoureux, »
S. Jean de la croix (Vive Flamme B chap. 3§3)

« Si cette connaissance amoureuse est reçue dans l’âme selon le mode de Dieu qui est un mode surnaturel, et non selon le mode de l’âme qui est un mode naturel, il s’ensuit que pour la recevoir l’âme doit se tenir dégagée, oisive, calme, paisible et dans cette sérénité qui convient à l’action de Dieu. »

« Plus l’air est libre de vapeurs, plus il est pur et tranquille, plus aussi le soleil l’illumine et l’échauffe. Ainsi l’âme ne doit s’attacher à rien, ni à une méthode de méditation ni à un goût quelconque, soit sensitif, soit spirituel. »

« C’est en souveraine paix et en profonde tranquillité que l’âme doit prêter l’oreille à ce que Dieu dit en elle. »
S. Jean de la croix (Vive Flamme B chap. 3)

Pour sa part, Thérèse d’Avila compare le travail de l’intelligence, à cette étape, à de grosses bûches qui pourraient éteindre l’étincelle de l’amour divin que l’Esprit lui-même attise dans le cœur du priant et ce, souvent à son insu.

Se reprendre en main, regagner le contrôle sur ses pensées ou sur son imagination constituent alors un obstacle à l’action de Dieu dans l’âme. Ce qu’il y a de mieux à faire ici c’est de ne pas s’arrêter à ces pensées, ni se préoccuper de ce que nous suggère notre imagination, ni même y être présents.

Plutôt, dès que nous en prenons conscience, essayons de revenir tout doucement à Jésus, par un mot, une Parole de Dieu, une image.

« On ne négocie pas bien avec Dieu à force de bras. (…) ce serait comme si l’on jetait sans discrétion de grosses bûches sur l’étincelle ; on ne pourrait que l’éteindre » (…) « Ce qu’il y a de plus opportun ici, ce sont de petites pailles (des paroles douces) placées sur ce feu avec humilité. Elles contribuent mieux à allumer ce feu qu’une grande quantité de bois (des considérations savantes). » (V, XV)

Cependant, nous devrons probablement, à certains jours, revenir à la méditation. En effet, ni saint Jean de la Croix, ni sainte Thérèse ne nous demandent de nous mettre nous-mêmes dans un « vide ».

La contemplation chrétienne n’est pas un vide… mais une emprise de Dieu.

Quand nous sommes sous cette emprise, nous ne pouvons plus méditer. Mais cela ne sera pas toujours le cas. Si nous pouvons méditer sans difficulté, alors méditons. Sainte Thérèse d’Avila insiste :

« Quand il nous semble que Dieu par des voies secrètes nous fait comprendre qu’il nous écoute, il est bon alors de nous taire, dès lors qu’il nous a permis de nous approcher de lui ;(…) si nous ne comprenons pas encore que ce grand Roi nous écoute et nous regarde, nous ne devons pas rester comme des insensés à ne rien faire. »
Ste Thérèse d’Avila (4e Demeure chap.3)

 

PRIER AVEC UNE SIMPLE ATTENTION AMOUREUSE VERS DIEU

Sous l’emprise de Dieu, l’âme qui insiste pour méditer semblera engagée dans un véritable combat avec son Seigneur.

Elle apprendra petit à petit à ne pas résister à Ses avances, à Lui abandonner toutes ses pensées et ses efforts, à simplement Le regarder amoureusement, sans considérations particulières.

« Elle doit se borner, nous dit St Jean de la Croix, à une amoureuse attention vers Dieu, sans actes particuliers. En un mot, elle doit se comporter passivement sans efforts personnels, se contentant d’une amoureuse et simple attention, à peu près comme une personne qui tient les yeux ouverts pour regarder avec amour. »
S. Jean de la croix (Vive Flamme B chap. 3)

« Qu’elle s’abandonne entre les bras de l’amour, conseille Ste Thérèse, Sa Majesté (Dieu) lui apprendra ce qu’elle a à faire en cet état, où elle ne doit avoir pour ainsi dire d’autre souci que celui de se reconnaître indigne d’une si haute faveur et d’en rendre grâces. »
Ste Thérèse d’Avila (4e Demeure chap.3)

L’attitude générale est alors une acceptation humble de son état, puis, l’action de grâce et la confiance : 
Croire que Jésus nous porte. Notre fidélité à l’Esprit-Saint, dans l’oraison, appelle notre générosité dans la vie quotidienne.

« Prière et vie chrétienne sont inséparables car il s’agit du même amour et du même renoncement qui procède de l’amour. » (Catéchisme de l’Église Catholique §2745)

 

DANS LA VIE QUOTIDIENNE.

  • Tout accueillir comme venant de la main du Bien-Aimé, sans se dérober aux situations ni aux personnes ni à ses responsabilités.
  • S’abandonner à Jésus dans la confiance – FOI
  • Ne pas se décourager – ESPÉRANCE
  • Se tourner vers les autres – CHARITÉ
  • S’abandonner à Jésus dans la confiance – FOI

Tout au long de la journée s’abandonner à Jésus dans la paix et la confiance, sans calculs, sans attentes, en Lui laissant toute liberté d’agir à sa guise dans notre vie.

 

Les mains ouvertes…

« Laissons-le prendre et donner tout ce qu'il voudra, la perfection consiste à faire sa volonté (…) Comme c'est facile de plaire à Jésus, de ravir son Cœur ! Il n'y a qu'à l'aimer, sans se regarder soi-même, sans trop examiner ses défauts. (…) Jésus, ne m'apprend pas à compter mes actes. Il m'enseigne à faire tout par amour, à ne lui rien refuser, à être contente quand il me donne une occasion de lui prouver que je l'aime. Mais cela se fait dans la paix, dans l'abandon. » (LT 142)

 

À l’heure de l’épreuve…

« Qui dit paix ne dit pas joie, ou du moins joie sentie ; pour souffrir en paix, il suffit de bien vouloir tout ce que Jésus veut. » (LT 87).

 

Ne pas se décourager – ESPÉRANCE

Tout espérer de l’infinie miséricorde de Dieu… malgré nos infidélités et nos manques de vertus.

« Ce qui lui plaît, c'est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c'est l'espérance aveugle que j'ai en sa miséricorde… Voilà mon seul trésor. (…) Ah ! restons bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir, alors nous serons pauvres d'esprit et Jésus viendra nous chercher, si loin que nous soyons il nous transformera en flammes d'amour… » (LT 197)

« Je ne me découragerai jamais. »

« Oui je le sens, quand même j'aurais sur la conscience tous les péchés qui se peuvent commettre, j'irais, le cœur brisé de repentir, me jeter dans les bras de Jésus, car je sais combien il chérit l'enfant prodigue qui revient à lui. » (Manuscrit C 36, 2v)

« Ce qui offense Jésus… c’est le manque de confiance. » (LT 92, 64)

 

Se tourner vers les autres – CHARITÉ

… spécialement les personnes qui souffrent autour de nous. Sortir de soi-même, s’oublier pour faire plaisir à Jésus.

« J’en ai fait l’expérience quand je ne sens rien, que je suis incapable de prier, de pratiquer la vertu, c’est alors le moment de chercher de petites occasions, des riens qui font plus de plaisir à Jésus que l’empire du monde ou même que le martyre souffert généreusement : par exemple, un sourire, une parole aimable alors que j’aurais envie de ne rien dire ou d’avoir l’air ennuyé. » (LT 142)

« La charité ne doit point rester enfermée dans le fond du cœur : … la charité … doit éclairer, réjouir, non seulement ceux qui sont les plus chers, mais tous ceux qui sont dans la maison, sans excepter personne. » (Manuscrit C 12r).

« Il faut faire tout ce qui est en soi, donner sans compter, se renoncer constamment en un mot, prouver son amour par toutes les bonnes œuvres en son pouvoir. » (CSG 50).

« L'amour donne tout et se confie ! » (CSG 62).

aller à la page
  …   

Saint du jour
Sainte Thérèse d'Avila
1515-1582

Vierge et Docteur de l'Église

Sainte Thérèse d'Avila - 1515-1582 - Vierge et Docteur de l'Église

1515-1582
Sainte Thérèse de Jésus

Vierge et Docteur de l'Église
 
Religieuse espagnole,
réformatrice de  l'Ordre du Carmel au XVIe siècle.
 

   
Nom civil :  Teresa Sánchez de Cepeda y Ahumada
Nom religieux :  Teresa de Jesús
   
Naissance :  28 mars 1515
Décès :  dans la nuit du 4 au 15 octobre 1582
   
Fête :  15 octobre
Rang de la fête :  Solennité au Carmel
   
Béatification :  24 avril 1614
Canonisation :  12 mars 1622
Docteur :  27 septembre 1970

 

 

Les Musulmans, le Nouveau Monde, le protestantisme, le Concile de Trente, I’Inquisition, autant de problèmes en ce XVIe siècle auxquels Thérèse de Jésus (1515-1582) se trouve mêlée. Grande mystique et femme d’action, elle réforme le Carmel et multiplie les fondations, son audace et sa foi triomphant de tous les obstacles. La contemplative sait nous captiver lorsqu’elle montre le chemin de la perfection aux âmes éprises d’absolu.

 


Thérèse d'Ávila (en religion : Teresa de Jesús), née le 28 mars 1515 à Gotarrendura (Vieille-Castille) et morte dans la nuit du 4 au 15 octobre 1582 à Alba de Tormes en Espagne, est une religieuse espagnole, réformatrice de l'Ordre du Carmel au xvie siècle, sainte et docteur de l'Église. Profondément mystique, elle laisse des écrits sur son expérience spirituelle qui la font considérer comme une figure majeure de la spiritualité chrétienne.

La réforme qu'elle impulse dans l'Ordre du Carmel espagnol entraîne quelques années après sa mort la création d'une branche autonome au niveau de l'ordre : l'Ordre des Carmes déchaux. Cette nouvelle branche monastique s'étendra rapidement dans toute l'Europe puis le monde : le nombre des carmes réformés dépassera rapidement, et dépasse toujours, le nombre des carmes non réformés.

Thérèse est canonisée en 1622, sa fête liturgique est fixée le 15 octobre. Au xxe siècle, elle est déclarée docteur de l'Église catholique ; elle est la première femme à obtenir ce titre. Si son influence spirituelle, associée à celle de saint Jean de la Croix, a été très forte au xviie siècle, de nos jours, elle reste une référence au-delà de sa famille monastique et même à l'extérieur de l’Église catholique.

Elle est l'auteur de nombreux ouvrages tant biographiques que didactiques ou poétiques. Ceux-ci sont régulièrement réédités dans le monde entier. Elle est encore aujourd’hui le sujet de nombreuses publications.

Éphémérides
Fête de Sainte Thérèse d'Ávila
1515-1582
Sainte Thérèse d'Avila meurt à Alba de Tormès
1582-10-15
Fondation du Carmel de Hanoï – Vietnam
1895-10-15
Transfert du couvent de Montréal sur la Paroisse Saint-Denis
1896-10-15
Consécration de la nouvelle église du Carmel de Montréal
1898-10-15
La décision de fonder le Carmel de Danville est prise
1956-10-15
Le Pape Paul VI annonce son projet de nommer Sainte Thérèse de Jésus Docteur de l'Église
1967-10-15
Funérailles de Mlle Marie-Pila
1974-10-15
Inauguration du Couvent des Carmes à Montréal
1993-10-15
Fondation du couvent des Carmes à Trois-Rivières
2004-10-15
Parole du jour