La Prière

Thème Thérésien 

 

« Rappelle-toi que souvent les collines
Tu gravissais au coucher du soleil
Rappelle-toi tes oraisons divines
Tes chants d'amour à l'heure du sommeil
Ta prière, ô mon Dieu, 
Je l'offre avec délice
Pendant mes oraison, 
Et puis au saint Office
Là tout près de ton cœur
Je chante avec bonheur :
Rappelle-toi.
 » PN 24

Thérèse de l'Enfant-Jésus écrit à propos de sa petite enfance : « J'aimais beaucoup le Bon Dieu et je lui donnais bien souvent mon cœur… » (Ms A, 15v°)

La vie entière de Thérèse est prière et c'est ainsi que les vertus capitales de son âme — la foi, l'espérance et la charité — se sont développées pour en extraire le suc de l'esprit qui l'habitait : la voie d'enfance spirituelle. Tout cela a grandi en elle comme la découverte d'un trésor précieux à partager avec tous dans un désir infini d'amour.

Tout son être était tendu et ardent vers ce qui est l'Esprit en tout, cet Esprit qui, pour elle, dégage, sous l'effort obscur et caché de sa prière, la force spirituelle de l'amour sauveur. Pour Thérèse, la prière est une réserve sacrée d'énergie.

Elle revient plusieurs fois sur le sens de la prière comme moyen d'être l'apôtre des apôtres. « L'unique fin de nos prières… est d'être l'apôtre des apôtres », dit-elle. (Ms A, 56r°)

Par sa prière, Thérèse a développé en elle-même quelque chose de plus grand qu'elle-même. C'est ainsi que Dieu donna une valeur infinie à son faible effort humain.

Qu'est-ce que la prière pour Thérèse ? « La prière… c'est un simple regard jeté vers le Ciel… c'est quelque chose de grand, de surnaturel qui me dilate l'âme et m'unit à Jésus. » (Ms C, 25v°)

L'oraison de Thérèse

Thérèse n'a pas écrit de traités sur la prière ou exposé de méthodes d'oraison, mais avec elle, nous sommes vraiment au cœur de la prière chrétienne : la relation d'amour et d'amitié avec Dieu, qui va bien au-delà de toute méthode ou technique.

Prier, c'est aimer

La prière de Thérèse, c'est sa vie d'amour avec Dieu. Plus son cœur est dilaté par l'Amour, plus son intimité avec Lui est continuelle et féconde.

Une nuit de 1897 où la sainte, très malade, ne pouvait se reposer, sœur Geneviève la trouva les mains jointes et les yeux levés au ciel : « Que faites-vous ainsi, lui dit-elle, il faudrait essayer de dormir… Et que dites-vous à Jésus ? Thérèse lui répond : Je ne lui dis rien, je l'aime. » (CSG, p. 193)

Être en communion d'amour avec Lui, tel est bien le centre de sa prière. Le silence favorise cette union intime : « Mon Fiancé ne me dit rien et moi je ne lui dis rien non plus sinon que je l'aime plus que moi, et je sens au fond de mon cœur que c'est vrai car je suis plus à Lui qu'à moi !… » (LT 110)

Aimer sur terre, voilà déjà le Ciel ! Les saints ont bien compris ce feu divin qui transforme secrètement le monde : « Ce qu'Archimède n'a pu obtenir, parce que sa demande ne s'adressait point à Dieu et qu'elle n'était faite qu'au point de vue matériel, les Saints l'ont obtenu […] Le Tout-Puissant leur a donné pour point d'appui : Lui-même et Lui seul ; pour levier : l'oraison qui embrase d'un feu d'amour, et c'est ainsi qu'ils ont soulevé le monde… » (Ms C, 36r°)

Un cœur d'enfant en amitié avec Dieu

Toute la vie de Thérèse est vigilance d'amour : « Mon Ciel est de rester toujours en sa présence. » (PN 32, 4) « Pour moi la prière, c'est un élan du cœur, c'est un simple regard jeté vers le Ciel, c'est un cri de reconnaissance et d'amour au sein de l'épreuve comme au sein de la joie ; enfin c'est quelque chose de grand, de surnaturel, qui me dilate l'âme et m'unit à Jésus. » (Ms C, 25r°)

Thérèse s'entretient simplement avec Lui à partir d'une lecture, d'une prière, d'une intercession, du Notre Père, d'un regard sur une image, etc. Elle se confie, Lui parle de ses besoins ou de ceux des autres, de ses joies, de ses épreuves, de ses inquiétudes, de ce qui lui tient à cœur.

Cet entretien familier culmine dans l'abandon confiant : « aux âmes simples, il ne faut pas de moyens compliqués… » (Ms C, 33v°) « …je dis tout simplement au Bon Dieu ce que je veux lui dire, sans faire de belles phrases, et toujours Il me comprend… » (Ms C, 25r°)

Thérèse cherche à nous encourager dans ce chemin d'amitié avec Dieu : « Je ne m'étonne en aucune façon que la pratique de la familiarité avec Jésus vous semble un peu difficile à réaliser ; on ne peut y arriver en un jour, mais j'en suis sûre, je vous aiderai beaucoup plus à marcher par cette voie délicieuse quand je serai délivrée de mon enveloppe mortelle, et bientôt comme St Augustin vous direz : “L'amour est le poids qui m'entraîne”. » (LT 258)

Le Dieu qui me désire

Si je pouvais scruter à fond ce Regard d'Amour de Dieu, j'y verrais un Désir infini : celui de me rendre heureux, d'être en communion avec moi. En effet, c'est Dieu qui m'aime le premier et me prie de m'ouvrir à Lui. Quel choc salutaire quand je prends réellement conscience que ce Dieu si humble vient quémander mon amour !

« C'est Lui qui veut notre amour, qui le mendie… Il se met pour ainsi dire à notre merci, Il ne veut rien prendre sans que nous le lui donnions, et la plus petite chose est précieuse à ses yeux divins… » (LT 145)

Dieu me désire et suscite en moi le désir de Lui… Désir très profond qui fait partie de ma personne dans ce qu'elle a de plus intime. C'est ainsi que naît la prière où s'exprime le don de soi. D'où l'importance de laisser Dieu me dégager de l'enchevêtrement de mes désirs superficiels qui étouffent mon vrai désir.

Mes désirs ne peuvent jamais être satisfaits totalement. Ils sont le signe de mon manque existentiel, de ma soif de l'Autre qui seul peut me faire vivre.

Thérèse a mis toute son espérance en Lui, car elle sait que « Lui seul peut remplir mes immenses désirs… » (Ms A, 81v°)

Entraînée par la prière du Christ

Plus Thérèse pénètre dans le mystère de la Rédemption, plus sa soif du salut de tous augmente. Dans une identification grandissante à Jésus, elle reprend à son compte la prière sacerdotale du Christ dans l'Évangile de Jean : « Mon Père, je souhaite qu'où je serai, ceux que vous m'avez donnés y soient avec moi, et que le monde connaisse que vous les avez aimés comme vous m'avez aimée moi-même. » (Ms C, 34v°)

Cette prière missionnaire rejoint celle du Ressuscité. En effet, Celui-ci ne veut rien faire sans nous (cf. LT 135). Il nous associe à son travail d'enfantement des fils et filles de Dieu.

Dans notre regard sur Dieu, nous rencontrons également Son Regard d'Amour pour tous les hommes. Avec Thérèse, nous pouvons nous écrier : Attire-moi, Seigneur, et j'entraînerai à ma suite une multitude d'âmes pour Toi (cf. Ms C, 34r°). En effet, l'Amour divin dans nos cœurs ne peut rester inactif : il engendre ou il n'est pas. Il nous rend solidaires de tous nos frères pécheurs en attente de Miséricorde.

Toute prière chrétienne authentique communie nécessairement au désir du Christ de rassembler tous les hommes et toutes les femmes en Dieu. Elle ouvre à l'amour universel en nous faisant rencontrer le cœur de Dieu.

Prier, c'est aimer avec le Cœur de Jésus. Notre regard en est à jamais dilaté !


Ivan / Montréal

Articles les plus populaires
La Paix
21 oct. 2018
Saint du jour

Pas de saint du carmel ce jour

Éphémérides
Fondation du Couvent de Ségovie
1574-03-19
Sainte Thérèse écrit une lettre au Père Rouland
1897-03-19
Rome pousse pour ouvrir les couvents des carmélites à l'apostolat
1952-03-19
La Communauté de Hanoï espère un retour au Vietnam
1957-03-19
Parole du jour