L'entourage de la petite Thérèse (famille)

Thème Thérésien 

 

L'entourage de la petite Thérèse

 

La famille de Thérèse

 

Louis Martin

 

Né à Bordeaux le 22 août 1823, Louis Martin grandit à Alençon où il demeurera jusqu'en novembre 1877. Fils de capitaine, élevé à la caserne, il gardera de la vie militaire bien des traits : goût de l'ordre, de la discipline, des voyages et… amour de la patrie.

Comme le saint Job, Louis passe par bien des épreuves. Pendant plusieurs années, il se livre à une quête tâtonnante de la volonté de Dieu sur lui, obligé bien souvent de changer de direction. Il va, de l'Ermitage du Grand-Saint-Bernard où il aurait aimé une vie religieuse, à l'atelier d'horlogerie d'Alençon.

Maître et artisan horloger, Louis vit un célibat quasi monacal jusqu'à l'âge de 35 ans : période de huit années qui le conduit à trouver sa voie dans le mariage. Une jeune et jolie dentellière, Zélie Guérin, lui est présentée par sa mère. Zélie a un passé semblable au sien ; il est séduit et ils se marient le 13 juillet 1858.
 

Époux et père

Épris d'un même idéal évangélique, Louis et Zélie ne vivent que pour leurs enfants.

Un grand rêve s'est envolé par le décès des garçons : celui d'avoir un fils prêtre. Dieu y supplée à Sa façon en accordant Thérèse qui deviendra « la plus grande sainte des temps modernes » et la patronne des missions.

Louis est un militant chrétien intrépide ; il affermit sa foi et son amour du Christ par la messe quotidienne, l'oraison, les retraites fermées, les adorations nocturnes, les pèlerinages… Très affecté par la maladie et le décès de Zélie, survenu le 28 août 1877 des suites d'un cancer au sein, Louis vit cette épreuve selon l'esprit de l'Évangile, en union avec le Seigneur.
 

Lisieux

Après la mort de son épouse, Louis décide de quitter Alençon pour s'installer à Lisieux, dans un agréable cottage normand « Les Buissonnets » : lui et ses filles seront plus proches de l'oncle Guérin et de sa famille. De ce « doux nid », comme l'écrira Thérèse, trois de ses filles, Pauline, Marie, Thérèse, s'envoleront vers la montagne du Carmel, tandis que Léonie tentera trois fois de se consacrer à Dieu chez les clarisses, puis chez les visitandines.

Louis sait partager son temps entre le travail intellectuel, l'organisation de la maison, la gestion de sa fortune, les devoirs de piété et l'éducation de ses filles.
 

L'hôpital du Bon-Sauveur

À partir de 1887, nous constatons un mystérieux entrecroisement entre les phases de la maladie de M. Martin — l'artériosclérose cérébrale caractérisée par des troubles de la mémoire —et les étapes de la vie religieuse de ses filles. Après les avoir offertes toutes les cinq à Dieu (Céline lui ayant fait part de son dessein de devenir religieuse), il s'offre lui-même en mai 1888. Dès lors, il se livrera encore davantage à l'amour dans un abandon et un don illimité de lui-même, à travers son humiliant statut de pensionnaire à l'hôpital du Bon-Sauveur de Caen où Louis est interné, le 12 février 1889.
 

Fin de l'exil

Céline, soutenue par ses sœurs, n'a jamais renoncé à reprendre son père afin de le soigner et de s'occuper de lui. Ce retour en famille tant attendu se vit comme une « fin d'exil » le 10 mai 1892.

Pendant les deux années qui précédèrent sa mort, la paralysie étant généralisée, M. Martin est entouré affectueusement par Céline, Léonie et un couple de domestiques. À partir de mai 1894, son état de santé décline et son cœur commence à flancher. Le 29 juillet 1894, Louis meurt paisiblement comme un enfant qui s'endort. Il avait soixante et onze ans moins un mois.
 

 

Zélie Martin

 

En présentant précédemment le père de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus , nous avons déjà entrevu la figure si riche de Zélie, la mère « incomparable » dont l'influence a marqué si heureusement Thérèse : « Le Bon Dieu m'a fait la grâce d'ouvrir mon intelligence de très bonne heure et de graver si profondément en ma mémoire les souvenirs de mon enfance qu'il me semble que les choses que je vais raconter se passaient hier.

Sans doute, Jésus voulait, dans son amour, me faire connaître la Mère incomparable qu'Il m'avait donnée, mais que sa main Divine avait hâte de couronner au Ciel !
 » (Ms A, 4v°)

Pour raconter ses « premiers souvenirs […] empreints des sourires et des caresses les plus tendres », pour parler de sa maman qui allait lui être ravie quand elle serait âgée de 4 ans seulement, Thérèse puisera dans le trésor des 216 lettres écrites par Madame Martin entre 1863 et 1877. Cette correspondance familiale, rédigée avec la spontanéité du cœur, a pour destinataires principaux son frère Isidore et son épouse, ainsi que ses filles Marie et Pauline, pensionnaires à la Visitation du Mans. Ces lettres expriment mieux que toute analyse la richesse de sa personnalité, la finesse de ses intuitions et la qualité de sa vie spirituelle.
 

Rencontre avec Louis

La prévoyante tendresse du Père avait préparé l'un pour l'autre Louis Martin et Zélie Guérin. Comme Louis, Zélie hérite de ses parents une foi robuste. Comme lui, elle est dotée d'une sensibilité affinée qui n'exclut pas le sens pratique : pendant que Louis déploie patience et précision dans une horlogerie-bijouterie, Zélie se perfectionne dans l'art de la dentelle, le Point d'Alençon, et devient chef d'entreprise. Comme Louis, enfin, Zélie a désiré s'engager dans la vie religieuse et a été refusée par les Filles de la Charité chez qui elle avait demandé son admission. C'est alors qu'elle fait à Dieu cette prière : « Mon Dieu, puisque je ne suis pas digne d'être votre épouse comme ma sœur, j'entrerai dans l'état du mariage pour accomplir votre volonté sainte. Alors, je vous en prie, donnez-moi beaucoup d'enfants et qu'ils vous soient tous consacrés ! »
 

Épouse et mère

Zélie a 27 ans quand elle épouse Louis Martin. Dès lors, tout en poursuivant son commerce de Point d'Alençon et en coordonnant le travail pour ses ouvrières, elle se consacre avant tout à son foyer. Chaque enfant qui vient apparaît comme un don de Dieu. Trois semaines avant la naissance de Thérèse, la neuvième et dernière, elle écrit à sa belle-sœur : « Moi, j'aime les enfants à la folie ; j'étais née pour en avoir beaucoup… »

Madame Martin, en parfaite harmonie avec son époux, établit dans son foyer un climat de tendresse imprégnée de fermeté, un climat de joie où la fête éclate dans le chant et le rire, surtout un climat de confiance envers Dieu et d'attention à Sa présence. Elle sait diversifier sa « pédagogie » selon le tempérament de chacune de ses filles.

Ayant perçu dès 1865 les premiers symptômes du cancer qui l'emportera en 1877, Zélie prépare peu à peu ses aînées, Marie et Pauline, à la remplacer dans la marche de la maison et l'éducation des plus jeunes.
 

Une blessure profonde

Le sourire de la Vierge à Thérèse le 10 mai 1883 pourra seul panser la blessure inguérissable que fut pour Thérèse enfant, la mort de sa maman. Dans une poésie de 1895, Thérèse rappellera le souvenir de cette « mère incomparable » : « De Maman j'aimais le sourire ; Son regard profond semblait dire : L'éternité me ravit et m'attire… Je vais aller dans le Ciel bleu, Voir Dieu ! » (PN 18.8)

Laurent Grimard / Trois-Rivières

 

Marie Martin

 

Marie, aînée de la famille et marraine de Thérèse, naît à Alençon le 22 février 1860. Candide, droite, sincère, Marie a un caractère volontaire et ses gestes d'indépendance ne se comptent pas.
 

Maîtresse de maison

Auprès de sa maman gravement atteinte, Marie va s'initier à la fonction d'éducatrice et de maîtresse de maison. Au décès de sa mère, elle prend charge du foyer, elle a 17 ans.

Pauline, le 2 octobre 1882, entre au Carmel de Lisieux. Thérèse ne peut résister au choc de ce départ : elle tombe malade. Marie déploie alors toutes les ressources de sa tendresse. C'est à « sa ferveur de mère qui demande la vie de son enfant » que Thérèse se dit redevable de la grâce du 13 mai 1883 : le sourire de la Sainte Vierge qui la guérit.

Quand Marie annonce son projet d'être carmélite, son père est plus que surpris : ce tempérament si ennemi du conformisme qui parle de s'enfermer dans un cloître ! Le Père Pichon s.j., directeur spirituel de Marie, n'hésite pas, et Marie rejoint Pauline au Carmel le 15 octobre 1886.
 

Au Carmel avec Thérèse

De ses premiers pas au monastère Marie racontera plus tard : « Je ne pensais même pas au bonheur d'être avec Pauline. Je ne pensais qu'à me demander comment je ferais pour passer ma vie entre ces quatre murs ! » Marie n'arrive pas au noviciat éprise de contemplation et d'ascétisme ; l'acclimatation ne sera pas des plus faciles… mais Jésus l'a séduite ! Son postulat achevé, elle reçoit l'habit et prend le nom de Marie du Sacré-Cœur.

Quand Thérèse rejoint ses sœurs au Carmel le 9 avril 1888, quelques semaines avant la profession de sa marraine, celle-ci est désignée pour l'initier aux usages de la vie commune. Dans un billet à son père, Marie campe les traits des deux sœurs réunies au même noviciat : « Ta Reine, une perfection digne de son Roi. Pour moi, hélas ! je suis toujours le "diamant" dur à travailler. »
 

Les écrits de Thérèse

Marie est une femme indépendante et pratique, elle n'entend pas courir au-devant de l'holocauste ni jouer à la grande âme.

Quand Thérèse prononce son acte d'offrande à l'Amour, elle veut y associer son aînée ; celle-ci lui répond aussitôt : « Bien sûr que non ; j'ai trop peur que le bon Dieu me prenne au mot ! »

Marie qui ne se piquait pas de haute spiritualité et se voulait plus que tout libre et vraie, eut l'intuition plus que ses sœurs des richesses spirituelles de Thérèse. C'est elle qui suggère à Mère Agnès de demander à Thérèse la rédaction de ses souvenirs : le Manuscrit A. C'est elle aussi qui demande un souvenir de retraite : le manuscrit B, et provoque l'admirable lettre 197, charte de l'enfance spirituelle. Enfin, elle sollicite de Thérèse le long poème « Pourquoi je t'aime, ô Marie. »

Marie n'a nul souci de se faire valoir et n'éprouve aucune amertume d'être toujours à l'écart des postes de responsabilité. Son désir est de se dévouer dans l'effacement, d'être proche des malades, des sœurs converses, ses préférées. De ses petits côtés de caractère elle dit : « C'est une carapace trop dure pour que je puisse m'en débarrasser ! ». Elle éprouve l'impuissance dans la prière et voit s'écrouler ses grands rêves de sainteté…

À travers cette expérience de pauvreté, elle approfondit les secrets de « la petite voie » : « Je ne puis m'appuyer sur moi-même et je donne au bon Dieu le plaisir d'exercer sa miséricorde envers moi. Alors je puis être heureuse d'être imparfaite. »
 

Ma richesse, c'est ma misère

Marie est prête pour l'ultime étape, celle de la totale liberté dans la voie de l'amour, quand l'ankylose lui enlève la liberté de mouvement. L'« indépendante » se voit placée plusieurs années durant, dans un état de sujétion qui la livre totalement à l'œuvre du salut du monde. Le salut des âmes sera jusqu'au bout sa passion, son tourment, sa raison de vivre…

La perspective de la mort ne l'effraie pas. Dans la plus entière sérénité, elle répond à l'appel de l'Époux le 19 janvier 1940 et s'unit à Lui dans le Royaume de l'éternelle liberté.
 

 

Pauline Martin

 

En route vers le Carmel

Petite fille espiègle, taquine, caressante, Pauline est confiée dès l'âge de sept ans à sa tante, Sœur Marie-Dosithée, comme pensionnaire à la Visitation du Mans. À l'école de François de Sales, Pauline se dispose à entendre déjà l'appel du Seigneur pour une consécration totale dans l'abandon et l'humilité.

« Perle fine » : ce surnom affectueux donné par M. Martin à sa deuxième fille, campe déjà la personnalité riche et forte, audacieuse et douce, sensible et affectueuse de celle qui sera la « petite mère », non seulement de Thérèse, mais aussi de ses autres sœurs.

Après le décès de sa maman, Pauline collabore avec Marie à la bonne marche du foyer et à l'éducation de ses plus jeunes sœurs. Quand vient pour Thérèse le moment de poursuivre ses études chez les bénédictines de Lisieux, Pauline juge que le temps est venu pour elle d'entrer au Carmel. Mais Thérèse ne peut supporter ce nouveau choc que constitue le départ de sa seconde maman ; elle est atteinte d'une étrange maladie dont la délivrera plus tard le sourire de la Sainte Vierge.
 

Premières années au Carmel

Pauline entre au monastère le 2 octobre 1882 ; elle y reçoit le nom de Sœur Agnès de Jésus.

Sœur Agnès, de son cloître, continue de former, de soutenir, et de conseiller Thérèse, en particulier dans le très dur combat qu'elle doit mener pour obtenir d'entrer au Carmel à 15 ans. Quand Thérèse entre au Carmel le 9 avril 1888, Pauline s'attend-elle à poursuivre sa « mission » auprès d'elle ? Dans cette situation délicate, Thérèse saura, avec une étonnante maturité et un tact admirable, donner à sa « petite mère » l'affection qu'elle désire, tout en se référant dans la foi à la prieure et à la maîtresse des novices pour tout ce qui concerne son initiation à la vie du Carmel.
 

Consacrée « petite mère »

Sœur Agnès n'a que 32 ans quand elle est élue prieure le 20 février 1893. Petite de taille, timide, facile à émouvoir, elle doit surmonter une certaine faiblesse de santé. La jeune prieure apparaît sur les photos calme et sérieuse, femme d'écoute, capable de faire face aux événements et aux interrogations. Sa vive sensibilité est équilibrée par une vie spirituelle profonde et un grand esprit de foi.

Durant ce triennat, Sœur Agnès accueille au monastère Céline, la quatrième sœur Martin, et sa cousine Marie Guérin : situation unique dans l'histoire du Carmel, qui exige beaucoup de doigté de la part de la prieure. De plus elle confie officieusement à Thérèse la responsabilité du noviciat.

En 1896, après des élections difficiles, Mère Marie de Gonzague reprend la charge de prieure et Sœur Agnès est ainsi rendue plus libre pour remplir sa « mission » auprès de Thérèse dans les derniers mois de sa vie et dans les débuts de l'« ouragan de gloire ». Bref moment de répit dans un itinéraire lourd de responsabilités.
 

Au service d'une sainte

Mère Agnès est réélue prieure en 1902 au moment où, l'“Histoire d'une âme” étant publiée, se précise la perspective de la béatification de Thérèse. Et, en 1923, par un privilège exceptionnel, Mère Agnès est nommée « prieure à vie » par le pape Pie XI.

Malgré l'avalanche du courrier, le flot des visiteurs, les fêtes successives de la béatification et de la canonisation, Mère Agnès réussit à maintenir dans sa communauté le climat de solitude et de silence nécessaire pour une véritable vie contemplative.

Au sein de tant de gloire, nous retenons de sa part, ce mot à saveur thérésienne : « Plus c'est grand, plus j'aime la petitesse. »

Dépositaire de l'héritage de Thérèse, elle devient un point de référence vers lequel se tournent les papes Pie XI et Pie XII qui la consultent, ainsi que les fondateurs de la Mission de France pour la nouvelle évangélisation, et les initiateurs du Centre de pèlerinage qui commencent à Lisieux la construction de la Basilique.

Après la grande tourmente de la guerre avec les redoutables bombardements sur Lisieux en 1944, Mère Agnès achève dans la paix sa longue carrière et retourne doucement dans la Maison du Père le 28 juillet 1951.
 

« Petit héraut » de Thérèse

Dans sa longue vie de 89 ans, Pauline aura laissé une marque ineffaçable sur tout ce qui concerne la vie, les écrits, et la glorification de sainte Thérèse. C'est à elle que nous devons les Manuscrits autobiographiques de Thérèse ainsi que les Derniers Entretiens. Ses dépositions denses et très précises aux Procès de béatification et de canonisation sont une mine de renseignements.
 

 

Léonie Martin

 

La « pauvre Léonie » : c'est ainsi qu'on la désigne dans les lettres ou les conversations dans la famille Martin. Pauvre selon nos regards à courte vue ; pauvre si on la compare à ses sœurs si richement dotées de dons spirituels, artistiques, intellectuels ; pauvre en raison de son cheminement vocationnel tout en méandres !

Et pourtant, Léonie, la troisième de la famille Martin, sera la meilleure disciple de Thérèse, celle qui entrera le plus à fond dans la voie de l'enfance spirituelle.
 

Une enfance difficile

Quand elle naît le 3 juin 1863, débute pour ses parents le cortège des soucis en raison de sa frêle santé : retard de développement, convulsions, eczéma dont elle souffrira toute sa vie. Et même si, vers l'âge de six ans, son état de santé semble se stabiliser, elle ne laisse pas d'inquiéter par son caractère difficile qui nuit à l'atmosphère familiale. Madame Martin n'a plus foi qu'en un miracle pour changer sa nature !

Est-ce le premier signe de ce miracle désiré quand Léonie écrit à sa tante visitandine, quelques jours avant la mort de celle-ci, le 24 février 1877, pour lui demander d'intercéder afin qu'elle devienne une sainte religieuse ?

Serait-ce grâce à l'intercession de la sainte tante, que fut décelée l'une des causes qui rendaient Léonie insaisissable ? La servante Louise, dévouée et fidèle par ailleurs, exploitait la faiblesse de Léonie et exerçait sur elle une autorité despotique. Quand la situation est clarifiée, Léonie commence une transformation qui s'accélère encore après la mort de Madame Martin.
 

Vie religieuse

Pourtant, Léonie n'a pas fini de surprendre et d'inquiéter. À l'occasion du voyage de la famille à Alençon en 1886, Léonie décide soudainement d'entrer au monastère des clarisses où elle ne reste que deux mois.

La tante, visitandine au Mans, avait écrit à Madame Martin en 1869 : « Quant à cette petite Léonie, je ne puis m'empêcher de croire qu'elle sera Visitandine ». L'intuition va se réaliser, mais Léonie devra plonger trois fois avant de s'établir définitivement dans les profondeurs de la vie salésienne.

Une première fois en 1887 : elle n'y reste que six mois et sera donc au foyer quand Thérèse le quitte pour entrer au Carmel. Léonie, fidèle compagne de Céline, partage le rude chemin de Croix que constitue la maladie de leur père.

Elle tente un deuxième essai à la Visitation en juin 1893. Dans des lettres très affectueuses, Thérèse la soutient, mais Léonie doit revenir dans la famille deux ans plus tard. Après son envol vers le Ciel, Thérèse obtiendra à sa « chère Léonie » de réussir un troisième essai à la Visitation : entrée le 28 janvier 1899, elle y mourra le 16 juin 1941 âgée de 78 ans.
 

Dans la petite voie

Sous le nom de Sœur Françoise-Thérèse, elle devient en vérité fille de François de Sales, le saint de la douceur, et s'engage à fond dans la voie de la confiance et de l'abandon, à l'école de sa sainte petite sœur. Consciente de ses faiblesses, de ses lacunes, elle se réfugie dans le Cœur miséricordieux de son Bien-Aimé.

La vie de Léonie tient en ces mots qu'elle a écrit : « O mon Dieu, dans ma vie où Vous avez mis peu de ce qui brille, faites que comme Vous, j'aille aux valeurs authentiques, dédaignant les valeurs humaines pour estimer et ne vouloir que l'absolu, l'éternel, l'Amour de Dieu, à force d'Espérance. » (Pensées de retraite, octobre 1934)
 

 

Céline Martin

 

Céline, c'est « l'intrépide, la courageuse », celle que Thérèse appellera affectueusement « le doux écho de mon âme ». Elle est âgée de quatre ans quand naît Thérèse. Les deux sœurs deviennent inséparables : pour les leçons aussi bien que pour les jeux, Thérèse veut être en compagnie de Céline.

Protectrice de Thérèse devenue timide et pleureuse après la mort de sa maman, Céline est la première à constater les effets prodigieux de la grâce de Noël 1886 qui assure la maturité psychologique de Thérèse.

Elle est sa compagne au cours du voyage à Rome et l'encourage à parler au Pape afin d'obtenir l'autorisation d'entrer au Carmel.
 

Au Carmel

Après son entrée au monastère, Thérèse se sent un cœur maternel pour Céline qu'elle aspire à voir parcourir auprès d'elle la route vers les sommets de l'Amour. Céline doit auparavant assister son père jusqu'à sa mort en 1894. Pendant ces années, elle se passionne pour la photographie, la littérature et la peinture.

Le 14 septembre 1894, Céline entre au Carmel, elle a 25 ans. Elle reçoit le nom de sœur Marie de la Sainte-Face et est confiée à Thérèse devenue sous-maîtresse du noviciat. Pour elle qui a été si longtemps maîtresse de maison, l'entrée dans le cadre rigide de la vie monastique et dans les exigences de la vie communautaire ne se fait pas sans difficultés.

Celles-ci sont l'occasion pour Thérèse d'expliciter son enseignement, « sa petite doctrine ». Céline devient la disciple de sa sœur et nous livrera plus tard le recueil de ses « Conseils et Souvenirs ».

Céline est le témoin attentif des merveilles de la grâce en sa sœur. Elle est là lorsque, le 9 juin 1895, Thérèse la sollicite pour s'offrir avec elle à l'Amour Miséricordieux. Elle accompagne sa sœur dans les étapes de sa douloureuse maladie, lui prodiguant ses soins délicats, jusqu'au terme de la longue agonie, le 30 septembre 1897.
 

Céline, héraut de Thérèse

Céline, devenue sœur Geneviève, n'aura pas le temps de s'arrêter à la souffrance où la plonge le départ de Thérèse. « L'ouragan de gloire » commence à déferler sur le Carmel de Lisieux. Céline se met à l'œuvre pour répandre le message de Thérèse.

Elle utilise ses talents de peintre pour nous donner sa physionomie, comme elle avait su pratiquer l'art de la photographie pour nous conserver son « vrai visage ». Ces portraits, ainsi que les images reproduisant sa peinture de la Sainte Face, vont circuler dans le monde entier à des millions d'exemplaires.

Céline est aussi une femme de lettres. Adonnée tout entière aux travaux concernant Thérèse, elle a de nombreux écrits à son actif : Vie en images, Petite Voie en Images, Petit Catéchisme de l'Acte d'Offrande, Vie de son Père, Vie de sa Mère, etc.
 

Un beau crépuscule

Thérèse a fait une promesse à Céline : « Je viendrai vous chercher le plus tôt possible ». Souvent redite entre juillet et septembre 1897, cette promesse s'est accomplie 62 ans plus tard, soit le 25 février 1959. Céline, âgée de 90 ans moins deux mois, était la dernière survivante de la famille Martin.

Thérèse n'avait pas oublié sa promesse : secrètement elle était venue et l'avait entraînée dans la voie de l'enfance spirituelle. Saisie par l'Amour miséricordieux, Céline était prête à s'envoler sur les ailes de l'Aigle Divin.
 

 

Les 4 frères et sœurs de Thérèse

 

Au début de 1895, Thérèse écrit à Léonie : « Plus de la moitié de la famille jouit maintenant de la vue de Dieu. » (LT 173)

En effet, leur père est décédé depuis six mois et leur mère, depuis 17 ans, et les petits Hélène, Louis, Jean-Baptiste et Mélanie-Thérèse sont morts en bas âge avant ou peu après la naissance de Céline. Née la dernière, Thérèse ne les a pas connus, mais assez tôt dans la vie, elle a bénéficié de leur soutien fraternel.
 

La paix

Thérèse n'avait que quatre ans lors du décès de sa mère et ce furent successivement Pauline et Marie qui prirent la relève, devenant momentanément petite mère pour la fillette assoiffée d'affection. Entrées l'une après l'autre au Carmel, elles ont laissé derrière elles une Thérèse très fragile, trop fragile… si bien qu'à 13 ans, celle-ci se retrouve avec sa sœur Céline et son père, définitivement privée de mère. Désemparée, que fait-elle ?

« Je me tournai du côté des Cieux. Ce fut aux quatre petits anges qui m'avaient précédée là-haut que je m'adressai […] Je leur (fis) remarquer qu'étant la dernière de la famille, j'avais toujours été la plus aimée, la plus comblée de la tendresse de mes sœurs […]

Leur départ pour le Ciel ne me paraissait pas une raison pour m'oublier, au contraire se trouvant à même de puiser dans les trésors Divins, ils devaient y prendre pour moi la paix et me montrer ainsi qu'au Ciel on sait encore aimer !… La réponse ne se fit pas attendre, bientôt la paix vint inonder mon âme de ses flots délicieux et je compris que si j'étais aimée sur la terre, je l'étais aussi dans le Ciel…

Depuis ce moment ma dévotion grandit pour mes petits frères et sœurs et j'aime à m'entretenir souvent avec eux.
 » (Ms A, 44)
 

La petite voie

Au moment d'écrire ces lignes, en 1895, Thérèse vient à peine de découvrir sa « petite voie toute nouvelle » (Ms C, 2v°). La lecture des carnets de Céline, pleins de citations bibliques, fait son régal : elle y trouve, illustrée à merveille, son intuition de l'Amour fou de Dieu et de sa tendresse toute maternelle pour nous, ses enfants… « ses petits enfants », précise-t-elle, s'appuyant sur ce qu'elle a vécu, et de sa faiblesse, et de l'aide reçue.

Août-septembre 1896. Sœur Thérèse confectionne une image-signet pour son bréviaire. Nous y retrouvons ses quatre frères et sœurs avec les dates de leur naissance et de leur retour au Père. Ainsi bénéficie-t-elle de leur présence durant les longues heures de la prière liturgique de l'Église.
 

Le départ

Fin décembre 1896. Depuis quelques mois, Thérèse sait… Elle qui rêvait de conquérir pour Jésus d'innombrables âmes, se retrouve « les mains vides » face à la mort… Plongée dans l'épreuve de la foi depuis un bon moment déjà, elle recourt à l'aide du « quatuor », et compose le poème “À mes Frères du Ciel” (PN 44) :

« Heureux petits Enfants,
De tous les Innocents
vous étiez la figure
Et j'entrevois
Les biens que dans le Ciel
vous donne sans mesure
Le roi des rois…
Les trésors des Élus,
leurs palmes, leurs couronnes,
Tout est à vous.
Et que demande Thérèse ?
Parmi ces Innocents,
Je réclame une place
Roi des Élus.
 »

Par là, Thérèse demande à Jésus d'exercer envers elle la même miséricorde qu'envers ses petits frères et sœurs… et la même munificence.

Comment douter qu'elle n'ait été exaucée ?
Ainsi, de l'aube au crépuscule de sa vie, Thérèse a-t-elle été entourée de l'amour d'Hélène, Louis, Jean-Baptiste et Mélanie-Thérèse et de leur présence secourable.
 

 

La famille Guérin

 

« J'étais bien heureuse d'avoir des petites cousines si gentilles, je les aimais beaucoup ainsi que ma tante et surtout mon oncle, seulement il me faisait peur et je n'étais pas à mon aise chez lui comme aux Buissonnets. » (Ms  A, 13v°)

Et pourtant, sous un dehors fougueux et passionné, l'oncle Isidore Guérin cache un cœur très attentionné pour la famille Martin, surtout depuis le décès de sa sœur Zélie, le 28 août 1877. Il avait alors suggéré à son beau-frère de quitter Alençon et de venir s'installer à Lisieux, proche de son propre foyer.

C'est lui qui dénichera les « Buissonnets », après avoir visité 24 maisons ! À la mi-septembre 1877, il est nommé subrogé-tuteur de ses cinq nièces mineures.
 

 

Un foyer cordial

 

Il est bien secondé par son épouse Céline Fournet, aussi douce que délicate, très attentive à tous et toujours souriante.

Mariés en 1866, ils ont 3 enfants : Jeanne en 1868, Marie-Louise en 1870 et Paul qui décède à la naissance, en 1871.

Mme Guérin se sait investie d'une mission ; le dernier regard de sa belle-sœur n'avait-il pas été pour elle ? « J'ai cru le comprendre ce regard, que rien ne pourra me faire oublier. Il est gravé dans mon cœur. Depuis ce jour, j'ai cherché à remplacer celle que Dieu vous avait ravie » (LC 148), écrit-elle à Thérèse en novembre 1891.

Aussi sera-t-elle à l'affût de tout ce qui pourrait aider ses nièces à grandir dans un climat d'amour. Les amener à Saint-Ouen-le-Pin, maison de campagne de sa mère, leur procurer une ou deux semaines de villégiature au bord de la mer, durant l'été, à Trouville ou à Deauville, ou bien les accueillir dans son foyer en tout temps.
 

 

Intense vie de famille

 

Vers 1888, un fort héritage modifie le train de vie des Guérin mais non leur cœur et leur disponibilité envers les Martin : durant la maladie de leur père, et plus tard, alors qu'elles n'auront plus de foyer, Léonie et Céline seront toujours traitées comme les filles de la maison.

C'est ainsi que Monsieur Martin, hospitalisé de 1889 à mai 1892, revient à Lisieux où il est installé dans une maison non loin des Guérin, avec Céline ; l'été, il est des leurs, au château de La Musse… Il y décède, fin juillet 1894.

Jeanne, l'aînée des Guérin, épouse le docteur Francis La Néele, le 1er octobre 1890. Son faire-part de mariage inspire celui que Thérèse compose pour ses propres noces, c'est-à-dire pour sa Profession qui a lieu le 8 septembre de la même année. Quel géant sympathique que ce Francis ! La grande souffrance de ce foyer, c'est qu'ils n'auront pas d'enfant, malgré toutes les prières… même celles de la Petite Thérèse !

Thérèse campe très bien l'homme dans un acrostiche qu'elle lui dédie en août 96 (PN 39). Francis visitera quatre fois Thérèse à l'infirmerie du Carmel au cours de sa dernière maladie.

Quant à Marie, elle a connu une enfance plutôt difficile, due à un état de santé précaire ; mais elle va se raffermissant et développe un talent musical remarquable, tant pour la beauté de sa voix que pour son jeu au piano. Mais son cœur est ailleurs…

Tenaillée par les scrupules, elle s'adresse à Thérèse encore novice pour l'aider à l'en sortir. Celle-ci va se révéler une extraordinaire pédagogue, la conseillant opportunément.

C'est le 24 septembre 1890, lors de la Prise de Voile de Thérèse, que Marie perçoit de façon indubitable l'Appel de Jésus pour le Carmel…et elle y entrera le 15 août 1895.
 

 

Beaucoup d'amour

 

Le Seigneur rappellera à Lui successivement Mme Guérin, à 52 ans, le 13 février 1900 ; puis Marie, à 35 ans, le 14 avril 1905 ; Monsieur Guérin, à 68 ans, le 28 septembre 1909 ; Francis, à 58 ans, le 19 mars 1916.

Nous nous souvenons que le bail des Buissonnets fut résilié à partir du 25 décembre 1889 ; mais Jeanne et Francis, en 1910, achètent la propriété, au nom du Carmel. Elle deviendra un lieu de pèlerinage. À son tour, Jeanne décédera le 25 avril 1938, sous le toit de sa fille adoptive, petite-nièce de son mari, à Nogent-le-Rotrou.

Tout au long de leur vie, les époux Guérin ont fait montre d'une grande disponibilité et de beaucoup d'amour. En filigrane, se devine une véritable ascension spirituelle.

À preuve, cet extrait d'une lettre de Monsieur Guérin à Thérèse, le 18 août 1897, alors qu'elle n'a plus que 5 semaines à vivre :

« Je bénis (le Bon Dieu) et le glorifie pour la gloire dont il a illustré ma maison, pour les voies inconnues où il lui a plu de guider mes pas pendant tant d'années, pour les embûches qu'il a écartées de mon chemin et pour les dons si magnifiques dont il m'a comblé dans tous les miens.

Il y aura Dimanche
 27 ans qu'il m'a confié la perle la plus précieuse de mon écrin [sa fille Marie]. Il a fallu la façonner et la polir depuis sa naissance et si j'y ai peu contribué, sa mère si douce et si bonne l'a dégrossie, et toi ma chérie tu as contribué à lui donner tout son éclat [par son rôle de maîtresse au noviciat].

« Merci, ma bien chère enfant, je t'embrasse comme je t'aime du plus profond de mon âme et je te bénis. »

Le 4 octobre 1897, « cloué au lit par la goutte, l'oncle Isidore n'a pu assister aux obsèques de sa nièce, Thérèse. Jamais il n'aurait pu imaginer qu'elle serait la première à occuper une place dans la concession qu'il venait d'acheter pour le carmel » au cimetière de Lisieux. (Guy Gaucher, « Histoire d'une vie », p.221)

Insigne bienfaiteur du Carmel, il défraiera le coût de l'impression de la première édition de l'“Histoire d'une Âme”, circulaire nécrologique de Thérèse, en 1898. Oui, par les Guérin, Thérèse a reçu beaucoup d'amour.

 

 

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Sainte Marie-Madeleine de Pazzi
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Sainte Marie-Madeleine de Pazzi - 1566-1607 - Vierge

1566 – 1607
Sainte Marie Madeleine de Pazzi

Vierge
 
Religieuse italienne de l'ancienne observance,
grande mystique
 

   
Nom civil :  Catherine de Pazzi
Nom religieux :  Marie Madeleine de Pazzi
  Maria Maddalena de 'Pazzi'
Naissance :  2 avr 1566
Décès :  25 mai 1607
   
Fête :  25 mai
Rang de la fête :  Solennité au Carmel
   
Béatification :  8 mars 1626
Canonisation :  22 avr 1669
Docteur :  //

 

Les Manuscrits de Marie-Madeleine de Pazzi (1566-1607) nous renseignent sur sa vie mystique qui marqua profondément ses sœurs du Carmel de Florence où elle mena une vie cachée de prière et de renoncement durant 25 ans. Préoccupée, elle aussi, de la réforme de l’Église, c’est par le renouveau spirituel qu’elle y travailla.

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