Le livre du trimestre

Qui nous fera voir le bonheur? Textes du Père Hermann Cohen

La publication de ce livre se situe dans le cadre du bicentenaire de la naissance du P. Hermann Cohen (1820-1871), carme déchaux connu aussi sous son nom religieux : Fr. Augustin-Marie du T.S. Sacrement. L’ouvrage comporte une esquisse biographique fort utile d’une dizaine de pages et tous les écrits spirituels de ce religieux au parcours étonnant. Les 33 textes sont diversifiés : 3 dédicaces, 3 prières, 1 poème, 20 sermons, 5 autres textes (d’avis spirituels ou à teneur autobiographique), puis 1 conférence. Ce travail soigné est redevable au Fr. Stéphane-Marie Morgain, carme déchaux et historien de la Province du Midi, dont les annotations brèves et pertinentes accompagnent le lecteur tout au long du livre.

Mais qui donc est le P. Hermann Cohen pour que nous nous intéressions à lui aujourd’hui? Issu de parents juifs plutôt libéraux, il se démarque assez tôt par son intelligence supérieure. Il apprend les langues facilement et on s’aperçoit rapidement de ses dispositions exceptionnelles pour la musique. À 6 ans, il joue déjà au piano tous les airs des opéras en vogue. Adolescent, il impressionne la haute société parisienne et l’Europe entière. Moralement, sa vie de jeune adulte est complètement désordonnée; de plus, il se laisse aussi aller à toutes ses passions, en particulier pour le jeu.

Pour Hermann, l’heure de Dieu va sonner en mai 1847 tandis qu’il remplace l’organiste à l’église St-Valère à Paris. Pendant la bénédiction, il connaît une expérience de la présence de Dieu qui le renverse. C’est le début d’un cheminement qui, selon les conditions actuelles, brûle toutes les étapes : en quatre ans, il reçoit le baptême, puis les autres sacrements de l’initiation, découvre l’adoration nocturne, s’affranchit du judaïsme par une longue démarche jusqu’à Rome, entre au Carmel, fait profession et reçoit l’ordination presbytérale! Prêtre, il se livre à fond dans la prédication, tout en composant des cantiques. Il fonde ou participe à la fondation des quelques couvents en France, dont un Saint-Désert, puis il est envoyé à Londres pour y implanter les carmes en Angleterre dans les années 1862-1865.

À la fin de sa vie, il regagne le couvent du Broussey où il est nommé maître des novices. Mais sa nationalité allemande le pousse intérieurement à l’exil pour se donner : il termine ses jours à Spandau où les prisonniers français de la guerre franco-allemande reçoivent de lui les sacrements. Là, sa santé fragile l’expose à la maladie : il meurt à 50 ans, atteint par une épidémie de petite vérole.

Le P. Hermann nous apparaît comme une personnalité bien de son temps. Même au Carmel, il restera le romantique qu’il a toujours été. Lorsqu’il se passionne pour quelque chose, notre homme en est presque aveuglé. Après la conversion, il y a évidemment du bon dans ses nouvelles « passions » : un dévouement sans bornes pour le culte du Saint-Sacrement, un amour tendre envers la Vierge Marie, une disponibilité pour le ministère et pour les missions, un attachement à l’esprit du désert, etc. On peut dire qu’il s’est même épuisé à la tâche. Mais le P. Hermann rejoint l’Église de notre temps, car toutes ses passions chrétiennes font l’objet d’une redécouverte depuis quelques décennies. Dans ce sens, il inspire les jeunes à vivre l’Évangile au plus profond d’eux-mêmes; de plus, il fait une place importante au témoignage personnel.

Que dire des écrits que nous offre ce livre? Comme le titre du recueil l’annonce, il est question du bonheur. Le P. Hermann rappelle souvent qu’il a cherché en vain le bonheur dans les mondanités. En revanche, Dieu le comble de bonheur car il donne sens à sa vie. Thème central de sa prédication, il lui permet de toucher les cœurs et d’aborder le salut en Jésus Christ. Mais le P. Hermann ne cherche pas seulement à impressionner, il veut susciter le désir de prolonger le contact avec Dieu, notamment par l’adoration eucharistique dont il sera jusqu’à la fin de sa vie le promoteur infatigable. Le dernier texte du recueil, différent des autres, est une conférence sur l’état du catholicisme en Angleterre en 1864.

Un mot sur le style. Le P. Hermann s’exprime avec chaleur et abondance de paroles. Bien sûr, son langage a un peu vieilli. Ses descriptions imagées sont percutantes, son éloquence fascine, mais pas à la manière des grands théologiens de l’époque qui savaient manier plusieurs disciplines dans la prédication. Lui prêche simplement, surtout pour être compris. « Son discours est celui de la persuasion de la foi utilisée avec autorité, force, émotion et transport » (p.18).

Frère Stéphane de la Sainte-Famille

note: L’année de son bicentenaire nous offre deux autres ouvrages qui intéresseront le lecteur. D’abord une biographie exhaustive, fruit de patientes recherches : Le Père Hermann (1820-1871). Un romantique au Carmel (Parole et Silence, 2020, 1028 pages) du Fr. Stéphane-Marie Morgain. Puis, la publication des actes de la journée d’étude consacrée au P. Hermann le 14 mars 2020 rassemblant les contributions du Cardinal Ricard et de cinq experts : Le Père Hermann Cohen. Un converti de l’Eucharistie au XIXe siècle (Éd. du Carmel, 2021, 122 pages). Les deux titres sont disponibles à la librairie des Carmes de Trois-Rivières.

 

Qui nous fera voir le bonheur? Textes du Père Hermann Cohen, présentés et annoté par fr Stéphane-Marie Morgain, Éditions du Carmel, 2020, 273 p., 29$

 

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