Histoire du Carmel

L’ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel a ceci de particulier qu'il plonge profondément ses racines dans l'Ancien Testament ? il est né en Terre Sainte tout en étant une famille religieuse latine d'origine occidentale.

Une anecdote… 

On raconte plaisamment que, lors d'une cérémonie liturgique grandiose qui se tenait à Rome, une longue procession de prélats et de religieux conviés pour l'occasion se succédaient, les plus jeunes d'abord, les plus anciens — et donc les plus « dignes » — derrière. Le pape fermait la marche lorsqu'il aperçut les Carmes qui n'avaient pas encore emboîté le pas de leurs pairs. Le Vicaire du Christ les invita d'un signe à entrer à leur rang dans la procession. Ceux-ci, à la stupéfaction générale, déclinèrent l'offre et se placèrent sans façon à la queue alléguant leur… ancienneté ! Ne se réclament-ils pas du prophète Élie qui a vécu au 9e siècle « avant » Jésus Christ ?

Perdus dans la nuit des temps

Qui sont donc ces Carmes ? Reportons-nous en Palestine, au Mont Carmel, plus précisément au « Wadi 'aïn es-Siah » (= torrent des pèlerins), lieu sanctifié par la présence d'Élie, ce prophète au cœur de feu, épris de zèle pour le Dieu vivant. Là, au creux de grottes naturelles, quelques ermites européens inconnus, venus en Terre Sainte au hasard des croisades, mènent le combat silencieux de la prière, dans une vie d'intimité avec le Seigneur. S'ils se réclament du rude prophète Élie, témoin de l'Absolu de Dieu, ils vénèrent aussi, comme Mère et comme sœur, la Vierge Marie, femme de l'écoute, attentive à la Parole de Dieu, à qui ils dédieront leur première église. 



Entre 1207 et 1214, Albert, patriarche de Jérusalem, leur donne une Règle de vie. Brève, équilibrée, tissée d'Écriture Sainte, elle organise leur vie commune de prière et de solitude, de travail et de pauvreté autour du précepte central ? « méditer jour et nuit la Parole du Seigneur ». À partir de ce moment, les « Frères de Notre-Dame du Mont-Carmel » font leur entrée officielle dans l'histoire. Nouvel Ordre religieux modeste, obscur, sans fondateur attitré, né en Orient, qui recrute surtout des Occidentaux…

Des réfugiés en mal d'identité…

En Palestine, en ce 13e siècle, les Sarrasins (Musulmans) se font de plus en plus menaçants. De nombreux Carmes décident de retourner dans leur pays d'origine, qui en France, qui à Chypre ou encore en Italie, en Angleterre, en Allemagne, etc. L'année 1291 signe le glas du Royaume latin de Jérusalem. Tous les survivants quittent alors la Terre Sainte. En Europe, les Carmes, déracinés,et en butte à toutes sortes d'incompréhensions ! Comment accueillir en Europe ces ermites sans ressources qui mènent une vie purement contemplative et s'isolent dans des endroits déserts ? Force est de s'inculturer, sinon l'Ordre mourra ! C'est ce à quoi s'attaquent les Chapitres de l'époque ! La Règle est adaptée: la vie commune est renforcée, les fondations dans les villes sont autorisées et l'apostolat recommandé. Tous changements qui assimilent les Carmes aux Ordres mendiants (comme les Franciscains ou les Dominicains) et les sauveront de l'extinction. Non sans tensions internes toutefois entre tenants de la vie contemplative et tenants de la vie apostolique avec tous les écueils que cela suppose ! Longue crise d'identité qui se soldera heureusement par leur acceptation définitive par l'Église, sous Boniface VIII, en 1298. 

Le temps des grandes épreuves traverse l'Europe

1347-1350 : alarme en Europe ! La peste y fait son entrée y fauchant un tiers de la population totale, décimant deux générations ! Ajoutons à ce fléau des récoltes désastreuses, la Guerre de Cent Ans (1337-1453), le Schisme d'Occident (1378-1415) qui déchire l'Église en factions rivales opposant deux et même trois papes de front ! C'est bien assez pour déstabiliser la chrétienté et… les Ordres religieux ! Les Carmes n'y échappent pas ? rangs éclaircis, santés débilitées, manque de tonus spirituel, relâchement général. Autant de maux qui entraîneront, en 1435, la « mitigation » de la Règle, c'est-à-dire l'adoucissement du jeûne et de l'abstinence, du temps de silence et de solitude… Mesures entérinant le délabrement général…

Naissances prometteuses

Heureusement, les plus fervents des Carmes réagissent ! Ici et là, au 15e siècle, des réformes locales s'amorcent à Mantoue (Italie), à Albi (France), etc. Au niveau de tout l'Ordre, signalons l'œuvre de réforme entreprise par Jean Soreth, Général de l'Ordre de 1451 à 1471. Il sillonne l'Europe tentant de ranimer la flamme chez ses frères. Grand innovateur, il promeut les associations de laïcs qui désirent vivre de l'idéal carmélitain et il favorise aussi la naissance des premières carmélites vers 1453 en agrégeant à l'Ordre des groupements de femmes vivant de l'esprit du Carmel. 

Réformes courageuses entérinées avec plus ou moins de bonheur par les membres de l'Ordre et par les successeurs de Jean Soreth. Seul Nicolas Audet, Général de 1521 à 1562 osera reprendre le flambeau, se proposant « non de réformer l'Ordre mais de le disposer à la Réforme ! ». Le propos est sans doute exagéré mais il en dit long sur l'état de l'Ordre en certaines régions… 

 

Une femme à l'origine de la Réforme

15 août 1562. Grand émoi à Avila, en Espagne ! Dignitaires, civils, religieux s'élèvent avec force contre l'érection d'un monastère de carmélites réformées ! Qui a osé en arriver là ? Une femme… et quelle femme ! Thérèse de Cepeda y Ahumada, mieux connue par la postérité comme « La Madre » ou Thérèse de Jésus, Thérèse d'Avila ! Entrée au Monastère de l'Incarnation à Avila, cette carmélite quittera ses consoeurs (une centaine et plus à l'époque) pour fonder avec quatre pauvres orphelines, San José d'Avila, le premier monastère de la Réforme,… réforme qui durera celle-là jusqu'à nos jours !… 

Éprise d'Absolu, amoureuse du Christ avec lequel elle converse familièrement, assoiffée de solitude, de silence, de pauvreté, elle fait de l'oraison, ce cœur-à-cœur avec Dieu, le fondement de sa Réforme. En même temps, elle renoue avec la Règle primitive, instaure une vie de communion fraternelle plus « familiale » (ses monastères ne dépasseront pas 21 membres) et se lance sur les routes couvrant l'Espagne de monastères réformés qu'elle nomme joliment les « colombiers de la Vierge ». Sous son impulsion, ses « filles » prient et offrent leur vie pour l'Église et le monde car Thérèse, émue des divisions de l'Église  — nous sommes à l'ère des grandes déchirures du protestantisme — et animée de zèle missionnaire, a voulu imprimer à sa Réforme un fort élan apostolique.

La grande tempête !

En même temps, avec l'accord du Père Rubeo, Général de l'époque, Thérèse entame la réforme des Carmes ! S'appuyant sur un jeune religieux, le futur Saint Jean de la Croix, poète et Maître de vie spirituelle, elle implante à Duruelo, le 28 novembre 1568, le premier couvent de Carmes « déchaux ». Alors que la Réforme prend de plus en plus d'ampleur, les Carmes non réformés s'émeuvent et engagent la lutte contre la Madre, contre ses fils et ses filles. Bataille haute en couleurs, querelles de juridictions opposant le roi Philippe II, le Pape, les visiteurs apostoliques, les religieux de tous ordres ; lutte entraînant la neutralisation temporaire de la Madre et l'emprisonnement de Jean de la Croix par les Carmes non réformés. Les conflits ne cesseront qu'en 1581 avec l'érection en province séparée des Carmes déchaux et de leurs sœurs Carmélites de la Réforme. Douze ans après la mort de Sainte Thérèse, en 1594, le Père Doria deviendra le premier Général de la Réforme. Cette étape consommera la séparation juridique des deux branches du Carmel ? celle de l'antique observance (Grands Carmes) et celle de la Réforme (Carmes Déchaux). Le tronc unique du Carmel s'épanouira jusqu'à nos jours en deux branches florissantes…

Et les grands frères ?

Les Grands Carmes ne seront pas en reste toutefois. Stimulés par la Réforme thérésienne, ils entreprirent, eux aussi, de revenir à une vie religieuse plus sérieuse. Des mouvements de réforme se firent jour un peu partout en Europe. Retour à la pure sève carmélitaine des origines où il s'agit de « mourir et de ne vivre qu'en Dieu et pour Dieu » comme le disait Jean de Saint-Samson (1571-1636) grand Carme aveugle, mystique, promoteur de la réforme en Touraine (France).

Le Carmel fait « boule de neige »

Désormais, le Carmel, en ses deux branches, avait atteint sa pleine stature ! Le voilà prêt à de nouveaux enfantements qui ne se feront pas toujours sans douleur — les aléas de l'histoire politique le marqueront lui aussi ! — mais rien ne freinera son essor. 

Le Carmel thérésien élargira d'abord ses ramifications partout en Europe ? Italie, Pays Bas, Allemagne, Pologne, etc. Fils et filles de la Madre s'implantent en tous lieux. Notons qu'en France, les deux filles préférées de la Madre conjugueront leurs efforts. Anne de Jésus fondera à Paris, en 1604, à Dijon, l'année suivante. Anne de Saint-Barthélemy fondera le carmel de Pontoise en 1605. Celui-ci fondera celui de Reims et ce dernier implantera le premier carmel canadien à Montréal en 1875 ! Quant aux Carmes déchaux, on les retrouve à Avignon en 1609, puis à Paris (1611). Les Carmes Canadiens, présents aujourd'hui à Trois-Rivières (2004) sont originaires de la province d'Avignon-Aquitaine. 

Et que dire de l'épopée missionnaire des deux branches du Carmel ? L'histoire de l'Ordre éclate ici et épouse les contours politiques et sociaux des différentes régions ou pays. Partout, sur les cinq continents, du 17e au 21e siècle, du Brésil en Nouvelle-Guinée, du l'Indonésie, du Moyen-Orient en Inde et en Chine, des États-Unis au Congo, des couvents et des monastères s'érigent, la doctrine du Carmel se répand. En Palestine, la réimplantation d'un couvent au Mont Carmel en 1631 permet à l'Ordre de retrouver ses racines. 

Une famille élargie

Expansion géographique, expansion « familiale » aussi ! Agrégation à l'Ordre de congrégations religieuses ou d'Instituts séculiers à « saveur carmélitaine », promotion des fraternités carmélitaines de laïcs… etc. L'Ordre du Carmel s'enrichit de membres variés qu'il continue à nourrir de sa sève.

Une phalange de témoins…

Chaque aire culturelle aura ses témoins privilégiés ?

  • Marie-Madeleine de Pazzi (1566-1607), carmélite italienne ;
  • le Père Palao y Quer, carme espagnol (1811-1872), fondateur des Carmélites missionnaires espagnoles ;
  • Raphaël Kalinowski (1835-1907), carme polonais ;
  • Thérèse de Lisieux (1873-1897), carmélite française, qui propose une « petite voie » de sainteté accessible aux pauvres et aux petits ;
  • Mariam, carmélite arabe morte en Palestine (1878) ;
  • Élisabeth de la Trinité (1880-1906), sa contemporaine, qui vit « au-dedans, dans le ciel de la foi » ;
  • Père Marie-Eugène, carme français (1894-1967), maître spirituel et fondateur de l'Institut séculier Notre-Dame de Vie,  ;
  • Thérèse des Andes, jeune Chilienne morte au Carmel à 19 ans (1920) ;
  • Titus Brandsma, grand carme hollandais, martyr de Dachau (1942) ;
  • Édith Stein, philosophe juive allemande devenue carmélite, morte à Auschwitz (1942) …

et combien d'autres connus et inconnus, brûlant de zèle pour Dieu et qui proclament par leur vie : « Il est vivant, le Seigneur, devant qui je me tiens ! » Mais cela, c'est une « autre histoire », celle d'aujourd'hui !, l'histoire d'une intimité profonde, l'histoire de l'Esprit à l'œuvre dans le cœur,… à l'œuvre au cœur de tout chercheur de Dieu ! 

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Saint Raphaël Kalinowski - 1835-1907 - Prêtre religieux

1835 – 1907
Saint Raphaël de Saint Joseph
Józef Kalinowski

Prêtre
 
Religieux polonais,
restaurateur du Carmel en Pologne et confesseur.
 

   
Nom civil :  Józef Kalinowski
Nom religieux :  Raphaël de saint-Joseph
  Rafał Kalinowski
Naissance :  1 septembre 1835
Décès :  15 novembre 1907
   
Fête :  19 novembre
Rang de la fête :  "Mémoire obligatoire" au Carmel
   
Béatification :  22 juin 1983
Canonisation :  17 novembre 1991
Docteur :  //

 

Joseph Kalinowski (1835-1907), polonais, né à Vilna, a été officier dans l’armée russe. Amené à commander l’insurrection polonaise en Lithuanie, il est condamné à dix ans de déportation en Sibérie où s’exerce son immense charité. Libéré, il vient à Paris comme précepteur du jeune prince Auguste Czartoryski qui deviendra salésien et sera béatifié. À quarante-deux ans, il entre chez les carmes en Autriche sous le nom de Raphaël de Saint-Joseph et restaure la province carmélitaine de Pologne avec l’aide de deux Pères venus de France.

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Joseph Kalinowski (1835-1907), polonais, né à Vilna, a été officier dans l’armée russe. Amené à commander l’insurrection polonaise en Lithuanie, il est condamné à dix ans de déportation en Sibérie où s’exerce son immense charité. Libéré, il vient à Paris comme précepteur du jeune prince Auguste Czartoryski qui deviendra salésien et sera béatifié. À quarante-deux ans, il entre chez les carmes en Autriche sous le nom de Raphaël de Saint-Joseph et restaure la province carmélitaine de Pologne avec l’aide de deux Pères venus de France.

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