L'Église

Thème Thérésien 

 

« Vivre d'Amour, c'est, ô mon Divin Maître
Te supplier de répandre tes Feux
En l'âme sainte et sacrée de ton prêtre
Qu'il soit plus pur 
qu'un séraphin des cieux !…
Ah ! glorifie ton Église immortelle
À mes soupirs, Jésus, ne sois pas sourd
Moi son enfant, je m'immole pour elle
Je vis d'Amour » (Poésie 17)

« Ô mon Jésus ! Je t'aime, 
j'aime l'Église ma Mère.
 » (Ms B, 4v°)
 

Pour Thérèse, l'ouvre essentielle de Jésus, c'est l'Église. Dans la mesure même où elle a aimé Jésus, elle a aimé passionnément l'Église.

Pour Thérèse, l'Église c'est un corps avec un cœur brûlant d'amour, qui donne vie à toute l'humanité.

À travers sa doctrine de l'enfance spirituelle, Thérèse a eu l'intuition parfaite du sens de l'Église. Elle n'a pas craint d'écrire : « Eh bien ! moi je suis l'Enfant de l'Église, et l'Église est Reine puisqu'elle est ton Épouse, ô Divin Roi des Rois… » (Ms B, 4)

Il est à remarquer qu'avec une belle audace, elle écrit le mot enfant avec un E majuscule !

Plus que Thérèse d'Avila qui se voulait fille de l'Église, parmi d'autres, Thérèse de l'Enfant-Jésus se voulait l'Enfant privilégiée de l'Église, pratiquement l'unique enfant.

Dans ce domaine aussi, elle était gourmande, elle voulait tout parce qu'elle se sentait capable de beaucoup d'amour, au point de demander à tous les saints du Ciel de lui obtenir leur double Amour.

C'est ainsi qu'elle avait trouvé sa place dans l'Église, une place qui lui donne aujourd'hui un rayonnement incomparable.
 

Secrets d'amour, secrets d'Église

Un an à peine avant de mourir, sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus écrit sur l'Église une page dont elle dit qu'elle sera comme « l'excès de ma joie délirante » et ce n'est qu'après la rédaction de son texte qu'elle retrouve une paix de « navigateur apercevant 1e phare qui doit le conduire au port ».
 

Secrets d'Église

Ce texte de son cœur, elle l'appuie graphiquement par des ajouts de majuscules et d'autres mots bien soulignés que l'édition des Manuscrits autobiographiques de 1956 met bien en évidence.

Thérèse s'adresse à sa sœur Marie, son aînée, sa marraine en plus, au Carmel depuis 1886 ; et elle rédige entre les 13 et 16 septembre 1896.

Marie, ou sœur Marie du Sacré-Cœur, aimerait connaître un peu plus les secrets de Jésus sur l'âme de sa cadette et aussi recevoir quelques indications sur sa petite doctrine. Or ces secrets sont des secrets d'amour qui touchent justement à une vision d'Église réservée aux gens de foi qui ne se laissent pas distraire par les apparences.

Thérèse a lu saint Paul et tout ce qu'il raconte aux Éphésiens sur le Corps Mystique. Ardente, totale comme elle est, il lui reste une insatisfaction et tout à coup l'évangile du premier commandement lui est revenu à l'esprit.

Enthousiaste encore :
« Enfin j'avais trouvé le repos… Considérant le corps mystique de l'Église, je ne m'étais reconnue dans aucun des membres décrits par St Paul, ou plutôt je voulais me reconnaître en tous…

La Charité me donna la clef de ma vocation. Je compris que si l'Église avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l'Église avait un Cœur, et que ce Cœur était brûlant d'amour.

Je compris que l'Amour seul faisait agir les membres de l'Église, que si l'Amour venait à s'éteindre, les Apôtres n'annonceraient plus l'Évangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang…

Je compris que l'AMOUR renfermait toutes les vocations, que l'amour était tout, qu'il embrassait tous les temps et tous les lieux… en un mot, qu'il est éternel !…

Alors, dans l'excès de ma joie délirante, je me suis écriée : Ô Jésus, mon Amour… ma vocation, enfin je l'ai trouvée, ma vocation, c'est l'AMOUR !…
 »

Voilà qui ne laisse aucun doute sur les sentiments qui habitent alors la jeune carmélite. L'Église notre mère, sa mère, est la mère des âmes.

Thérèse, à 23 ans, veut être totalement fille de l'Église. Elle a appris que cette Église a un corps, elle devrait avoir aussi un cœur. La conclusion va de soi ; pour elle du moins : « Dans le cœur de l'Église, […] je serai l'Amour ».

Aussi simple. Aussi vrai. Pourquoi compliquer sa vie ? « Oui, j'ai trouvé ma place dans l'Église et cette place, ô mon Dieu, c'est vous qui me l'avez donnée… dans le Cœur de l'Église, ma Mère, je serai l'Amour… ainsi je serai tout… ainsi mon rêve sera réalisé !!! »

L'amour de charité est déjà premier dans toute vie chrétienne, et encore plus dans une vie consacrée.

Sœur Thérèse sait qu'elle ne s'égare pas. Elle pourrait résumer à sa manière : l'Église c'est le Christ, l'Église a un corps dont le Christ est la tête ; l'Esprit Saint en est son âme et l'Amour le cœur.

À elle maintenant ! Sa vocation c'est aimer ! « Je serai l'Amour ! »
 

Secrets d'amour

Comment et pourquoi a-t-elle pu s'enthousiasmer à ce point qu'elle avoue avoir passé par des émotions presque contradictoires, d'une joie délirante à une sérénité toute en espérance ?

La tradition spirituelle carmélitaine y est pour beaucoup.

La grande Thérèse elle-même aimait se dire fille de l'Église. Puis, on sait à quel point Jean de la Croix a aussi misé sur l'Amour. Il y a que Thérèse de Lisieux rêve à haute voix. Elle se voit fille de l'Église, mère des âmes, et aussi épouse de Jésus. Et pourquoi pas « guerrier, prêtre, apôtre, docteur, martyr » ?

Cette Église, n'est-elle pas au Christ d'abord ? Nul n'y vit pour soi-même. Nul n'y meurt pour soi-même. Tout y est grâce. « Je ne suis qu'une enfant, impuissante et faible, cependant c'est ma faiblesse même qui me donne l'audace de m'offrir en Victime à ton Amour, ô Jésus ! »

Elle n'en finit pas de se confier : « L'Amour m'a choisie pour holocauste, moi, faible et imparfaite créature… Ce choix n'est-il pas digne de l'Amour ?

Oui, pour que l'Amour soit pleinement satisfait, il faut qu'Il s'abaisse, qu'il s'abaisse jusqu'au néant et qu'il transforme en feu ce néant
 ».

Finalement, et dans la même lettre à sa sœur aînée, Thérèse se demande si elle ne dira pas maintenant le secret de sa petite doctrine à tout le monde, à l'univers, quoi.

Pourquoi ne recruterait-elle pas une armée de petites âmes, femmes et hommes de cœur, dont la première sinon l'unique vocation serait d'incarner en Église ce même Amour miséricordieux de Dieu ?

La lettre à Marie se termine dans le même enthousiasme des aveux du début. C'est la joie d'avoir trouvé sa voie, sa petite voie, dans l'amour de la grande Église catholique universelle.
 

Secrets d'amour, secrets d'Église

« Ô Jésus ! que ne puis-je dire à toutes les petites âmes combien ta condescendance est ineffable… je sens que si par impossible tu trouvais une âme plus faible, plus petite que la mienne, tu te plairais à la combler de faveurs plus grandes encore, si elle s'abandonnait avec une entière confiance à ta miséricorde infinie.

Mais pourquoi désirer communiquer tes secrets d'amour, ô Jésus, n'est-ce pas toi seul qui me les as enseignés et ne peux-tu pas les révéler à d'autres ?…

Oui je le sais, et je te conjure de le faire, je te supplie d'abaisser ton regard divin sur un grand nombre de petites âmes… Je te supplie de choisir une légion de petites victimes dignes de ton Amour !…
 »

Que dire de plus ? Si Dieu est avec elle, qui sera contre elle ? « Rien ne pourra désormais la séparer de l'amour de Dieu manifesté en Église par Jésus Christ notre Seigneur. » (cf Rm 8, 31 et 39)
 


P. Benoît Lacroix, op

 

   ______ Notes ______

La lettre 196 de Thérèse (LT 196) est aussi appelé Manuscrit B (Ms B).
On aura avantage à le lire en entier ainsi que les lettres LC 169, LC 170, LT 197. (Note de l'éditeur).

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