Sainte Thérèse de Jésus — Qui es-tu ?

Sainte Thérèse d'Avila
1515 — 1582

  Un itinéraire

En 1515 l’exploration du nouveau monde est commencée. La jeune imprimerie se met au service d’une Renaissance humaniste, comme du renouveau de l’Église. Elle permet la diffusion de la Bible et des œuvres de multiples courants spirituels qui tentent de surmonter les crises de la fin du Moyen Âge.

En 1517, Charles Quint prend possession de son royaume de Castille, cœur intellectuel et spirituel d’un empire immense sur lequel le soleil ne se couche pas. Il ouvre ses royaumes d’Espagne aux vents nouveaux de l’Europe des Temps modernes, à ses questions.

En 1582 les choses ont bien changé. Les crises économiques, nationales, politiques et les guerres qui en résultent ont marqué l’échec d’une certaine Renaissance. Philippe II ne se soucie plus que de conserver ses domaines espagnols, d’étouffer la dissidence politique et religieuse. C’est désormais l’affrontement des nationalismes, et, avec la Réforme, la division de la chrétienté.

Face aux défis de ce temps, les réponses les plus fortes, les plus ouvertes, venues d’Espagne, demeurent l’itinéraire des saints et des mystiques.

 

 

  Sa Vie

Vingt ans au sein de sa famille pour développer ses dons, sa personnalité. Intelligente et passionnée, Thérèse captive les cœurs et mène la bande des frères et des cousins. Son milieu social de juifs convertis et ennoblis explique son ouverture d’esprit, son univers relationnel, sa bonne formation, son goût de la lecture.

À 20 ans, elle entre au couvent de l’Incarnation d’Avila pour des motifs discutables mais aussi, plus secrètement, en fidélité à une intuition intérieure venue de sa petite enfance.

Thérèse passe vingt-sept ans dans cette communauté très nombreuse, de style encore moyenâgeux. Elle en reçoit une bonne initiation à la tradition du Carmel et à la vie religieuse. L’adaptation est heureuse... et très rude. Thérèse y laisse sa santé et frôle la mort. Les vingt premières années se passent sans événements très notables. Ce sont vingt ans de désirs et d’efforts impuissants pour donner vraiment sa vie à Dieu.

Et puis, Thérèse fait soudain la brûlante rencontre de Jésus crucifié. Il devient son maître et son ami, il lui parle, il se fait voir. Expériences exceptionnelles qui l’obligent à un long travail de discernement, qui la font accéder à une nouvelle vie. Thérèse veut faire quelque chose pour Dieu : elle cherche à mener vraiment sa vie de carmélite, à partager son expérience avec d’autres.

En 1562, sous son impulsion, le petit monastère de St-Joseph est fondé, création d’un type nouveau de communauté, mieux adapté à l’époque et cherchant à être intérieurement plus fidèle à la tradition du Carmel.

Pendant 20 ans, Thérèse va poursuivre son chemin en entraînant les autres. Elle quittera son petit recoin de Dieu, à Avila, pour partir sur les mauvaises routes de Castille et d’Andalousie et donner naissance à 17 monastères. Elle suscite le même élan chez les Carmes, dont l’un des premiers fut Jean de la Croix.

Vingt ans de joies et de tracas, d’affaires à mener en bousculant les oppositions de tous ordres, 20 ans pour nous laisser des écrits qui comptent parmi les chefs-d’œuvre de la littérature et de la spiritualité.

Itinéraire d’une femme exceptionnelle, d’une vie dont l’extraordinaire nous invite à la lecture, en profondeur, de l’ordinaire de nos vies.

 

  Auteur spirituel

Une invitation à l’aventure : ses écrits

Thérèse a pris la plume sous la pression de son amoureuse rencontre avec Dieu ; elle brûle de la partager;  les événements qui jalonnent son itinéraire et les ordres d’écrire qu’elle reçoit de ses confesseurs lui permettent de mettre en œuvre son désir. L’obéissance et l’approbation demandée aux autorités ecclésiastiques sont pour Thérèse une authentification de son témoignage, une occasion privilégiée de faire preuve de foi, de courage et de liberté. Il n’est pas facile, au temps de l’Inquisition d’être femme et mystique, encore moins d’écrire pour allécher et inviter à aventurer sa vie.

« Autobiographie »

À la demande de ses conseillers spirituels, en 1562, Thérèse met par écrit l’histoire de sa vie et les merveilles que le Seigneur a opérées pour elle. Elle reprend l’ensemble du livre et l’achève en 1564. Thérèse ne se propose pas d’écrire son autobiographie, elle relit sa vie pour nous partager comment Dieu s’y est pris pour nouer une aussi étroite amitié avec elle.

« J’ai intitulé ce livre : les miséricordes du Seigneur. » À la lumière de cette interprétation, son itinéraire personnel est un témoignage, un appel. Un appel qu’entendent celles qui fondent avec elle le petit Carmel de St-Joseph ; comme Thérèse ne reçoit pas la permission de faire lire à ses filles ce livre fondateur, le grand livre, elle en écrit un petit à leur intention, livre appelé : 

« Chemin de Perfection »

Dans deux rédactions successives, pour tenir compte des remarques du censeur, Thérèse définit l’identité des carmélites : une manière de prier, liée à une manière de vivre. A travers ce petit traité destiné à ses sœurs, décidées avec elle à contenter le Seigneur un tant soit peu, à se vouer à l’oraison pour les défenseurs de l’Église, elle appelle avec force et réalisme à la rencontre du Christ vivant, maître de la prière, priant avec nous le Notre Père. 

« Le Château intérieur »

Une douzaine d’années après la rédaction de la Vie, Thérèse se sent poussée à prolonger son témoignage, à écrire un grand livre sur l’oraison. Elle en reçoit l’ordre en 1577 et écrit, d’un trait de plume, un joyau... où il n’est question que de Lui, son Dieu. 

Elle nous invite à considérer notre âme comme un château ; ce château a de nombreuses demeures... au centre se trouve la principale où se passent les choses les plus secrètes entre Dieu et l’âme. 

Livre brûlant d’expérience, invitation à l’aventure intérieure de la prière, à la découverte émerveillée du désir de Dieu qui veut prendre en nous sa joie. 

« Les fondations »

Un récit rédigé en plusieurs étapes, au long des dix dernières années de la vie de Thérèse. La plume alerte de la narratrice fait passer dans les aventures liées à la fondation de ses carmels, le dynamisme et le bonheur qu’elle a expérimentés dans sa nouvelle vie avec Dieu ; elle prolonge le témoignage donné dans la Vie et le Chemin. Les difficultés et les joies d’une vie aussi ordinaire qu’aventureuse sont le lieu d’une constante présence de Dieu, présence dont les fondations sont le fruit tangible.

« Correspondance »

De sa correspondance, 470 lettres environ ont été conservées ; on peut supposer que Thérèse en écrivit plus de 15 000.

En un temps où l’envoi de lettres est un luxe, Thérèse n’hésite pas et mobilise ses dons d’intelligence, de sens pratique, de relations, ainsi que son courage, pour mener à bien l’œuvre confiée par Dieu. Elle innove en suscitant, entre elle et ses sœurs, des échanges épistolaires, au fur et à mesure qu’elle inaugure de nouveaux Carmels.

En l’écoutant dialoguer avec tant de bon sens, de gaieté, de dynamisme, d’attention aux personnes, à partir des plus petites choses de la vie quotidienne, nous pressentons la figure humaine et féminine d’une amie de Dieu. Comment résister à cette amie entraînante ?

  Son Message

Pour nous entraîner dans sa folle aventure vers la demeure la plus intérieure du château, Thérèse nous partage les certitudes nées de son expérience spirituelle.

Dieu nous propose son amitié

Le premier pas pour aventurer sa vie est d’oser croire que Dieu, le premier, désire notre amitié, qu’il veut faire de notre cœur le paradis de sa joie. Relisons notre vie pour la découvrir tissée des appels de Dieu, d’un amour jamais lassé de nous chercher, de nous attendre.

Entrons dans cette relation d’amitié où l’on s’entretient souvent seul à seul avec celui dont nous savons qu’il nous aime. La prière silencieuse, l’oraison, est le rendez-vous avec l’Ami, la porte du château intérieur. Elle ouvre et creuse un long chemin à l’intérieur de nous-mêmes, un parcours basé sur une relation d’amour qui apprend peu à peu à se déployer, en vérité, dans tous les domaines de notre vie.

Le vrai guide et le chemin, c’est le bon Jésus

L’oraison est le lieu où nous le regardons, où nous lui ouvrons notre pauvreté, nous laissant mener dans la confiance par Celui qui nous appelle.

Peu à peu, nous accepterons de renoncer à ce qui blesse l’Ami, de nous ouvrir à la vie nouvelle qu’il nous propose, et il nous donnera accès à toute la vie de Dieu. Alors, dans une expérience de relation aux trois Personnes divines, nous entrons dans les secrets de Dieu, et le Christ nous partage son souci du salut du monde.

Sur la route, dynamisme et réalisme

Le dynamisme viendra de notre grand désir de parvenir à ce très intérieur de nous-même où Dieu demeure.

Sur cet horizon, aux dimensions divines, Thérèse nous invite avec réalisme à une marche quotidienne, concrète. Elle nous incite finement, souvent malicieusement, à déjouer nos illusions, à progresser dans la connaissance de nous-mêmes, à nous déterminer à faire ce tout petit peu où aujourd’hui, nous engageons notre liberté, tout de suite. Par ses exigences de détachement, de pauvreté, d’humilité, de charité fraternelle surtout, elle nous pousse au risque d’un amour vrai. La manière d’oraison de Thérèse est liée à une manière de vivre qui dispose à l’action de Dieu et qui en est le fruit.

Dans l’aventure où nous nous lançons, aidons-nous les uns les autres.

Les petits Carmels fondés par Thérèse sont des lieux où l’on s’entraide à se tenir en éveil pour que Dieu soit libre de nous donner son amitié quand il le voudra, comme il voudra, avec le libre consentement de notre amitié pour lui.

Secrètement, cette entraide joue au niveau de nos frères en humanité, connus ou inconnus. Thérèse a l’intuition neuve que la vie de prière est un service d’Église Dans un monde en feu, aidons le Seigneur en étant tels qu’il puisse écouter nos prières.

Thérèse ne nous propose rien d’autre que d’aller de l’avant sur le chemin étroit de l’Évangile, de prendre au sérieux les exigences incontournables d’une marche à la suite de Celui qui nous a tant aimés, le Christ Jésus. Si nous tenons les yeux fixés sur Lui, ce qui, de loin, nous semble un dangereux sentier de haute montagne, se découvre sous nos pas comme un chemin large et royal, l’espace où Dieu suscite peu à peu notre fragile liberté, à son image et ressemblance.

Il reste très significatif, au 21e siècle, comme au 16ème, que ce soit une femme qui en témoigne. Je suis femme et bonne à rien, écrit Thérèse avec humour. L’appel de Dieu est si clair et si contagieux dans l’expérience de cette femme libre, énergique et joyeuse.

Recueillons la déposition de cette exploratrice d’un monde nouveau, trop inconnu, encore, de nous. En nous laissant entraîner par son témoignage, nous lui donnerons vie et fécondité pour répondre d’une certaine manière à des défis mondialisés en cette aube d’une autre modernité.

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