Bx Isidore Bakanja — Qui es-tu ?

Bienheureux Isidore Bakanja
1885 — 1909

  Sa jeunesse

 

Enfance et départ

Isidore Bakanja naît vers 1885 au Congo Belge (Zaïre, République dém. du Congo) à Bokandela-Mbilankamba, dans la région de Mbandaka, province de l'Équateur à l'époque, chez les Boangi, fraction de la grande ethnie Môngo. Son père Yonzwa et sa mère Inyuka ont eu deux autres enfants, un fils et une fille. 

  

Chemin vers le christianisme

On le reconnaît comme un travailleur intègre et très consciencieux. Il côtoie des chrétiens de Bolokwa Nsimba, une mission ouverte par les pères Grégoire Van Dun et Robert Brepoels, Trappistes, et demande de s'instruire et de devenir chrétien. 

Il suit en même temps le catéchuménat chez les Pères trappistes, est baptisé le 6 mai 1906, et reçoit le jour même le Scapulaire du Mont Carmel qu'il portera toujours. En moins de trois ans il reçoit la confirmation et fait sa première communion. 

 

Nouveau travail

Une fois expiré le contrat, Bakanja rentre dans son village. Mais comme il n'y a pas de travail, il se rend à Busira, où il est engagé comme domestique par un blanc de la S.A.B. (Société Anonyme Belge), Reynders, surnommé Lomame. Ici aussi Bakanja se fait apprécier pour ses qualités humaines: travailleur infatigable et sincère. 

Assidu au travail, tout aussi intègre et consciencieux, le jeune homme se distingue comme un chrétien très « engagé » et, frappés par sa sagesse, beaucoup le choisissent comme catéchiste. Il sait s'imposer une discipline telle que ses activités religieuses n'interfèrent en rien dans sa vie professionnelle. 



Transfert 

Lorsque Reynders est nommé à Ikili, où il sera l'adjoint de Monsieur Van Cauter, Bakanja le suit. 

Reynders l'apprécie également comme un travailleur infatigable, honnête et courtois. Isidore est prévenu que, dans cette localité, certains dirigeants de la S.A.B. (Société Anonyme Belge) manifestent une grande aversion contre les chrétiens. 

Puis il s'engage comme domestique dans la société S.A.B qui exploite caoutchouc et ivoire, dans un milieu où les agents sont des athées acharnés. 

 

  Le temps des persécutions

 

M. Van Cauter, le gérant de la S.A.B., appelé Longange, est un homme très dur, qui n'aime pas les Africains convertis à la religion chrétienne. 

Il est ennemi fanatique du catholicisme, ne tolère pas l'influence religieuse de Bakanja sur les autres travailleurs de l'entreprise, ni les signes extérieurs de sa vie chrétienne, notamment le Scapulaire qu'il porte au cou. Sa haine est d'autant plus forte qu'Isidore est respectueux, irréprochable, très courageux et plein d'assurance dans ses convictions religieuses. 

Il défend à Bakanja d'enseigner la prière à ses compagnons de travail. 

Une première fois, en février 1909, Van Cauter ordonne avec grossièreté à Isidore, qui le sert à table, d'ôter son Scapulaire. Le jeune homme répond calmement : « Maître, tu exiges que j'enlève l'habit de la Sainte Vierge. Je ne le ferai pas. En tant que chrétien, j'ai le droit de porter mon Scapulaire ». Le lendemain, Van Cauter ordonne à ses employés de frapper Bakanja de 25 coups de « chicotte » (fouet de cuir). Il supporte cette torture avec une patience angélique. 

La punition se répète plusieurs fois, car Bakanja n'est pas un chrétien à refuser de manifester librement et ouvertement sa foi. Longange crie, furieux, qu'à Ikili le patron c'est lui et qu'il ne veut pas de chrétiens dans ses plantations. 

Isidore continue à mener sa vie normale de travailleur, de chrétien et de catéchiste. Van Cauter ne supporte plus son influence : il enjoint à Isidore de ne plus répandre « les ordures que tu as apprises chez les Pères », et ajoute : « Je ne veux plus de chrétiens ici, c'est compris ? » ; et, arrachant le Scapulaire que porte le jeune homme, il le jette à son chien. Puis il va lui-même chercher la chicotte de peau d'éléphant, percée de deux clous, et fait battre Isidore jusqu'au sang. Les employés chargés de cette besogne ne veulent pas obéir d'abord, mais ils finissent par le faire sous la menace du même supplice, tandis que Van Cauter frappe le martyr à coups de pied. 

Malgré cela, il ne plie pas et continue à se retirer pour prier le chapelet, médite seul ou en compagnie de quelques ouvriers désireux d'apprendre le catéchisme. 

 

  Son martyr


Un jour, le gérant le rencontre sur le chemin du verger. Au comble de l'exaspération devant la ténacité du jeune Isidore, il lui fait donner, avec un fouet à clous, 250 coups qui lui arrachent la peau et entament la chair... 

Les témoins au procès de béatification, en 1913, parlent d'au moins deux cents coups. Après ce supplice, Isidore, inconscient, doit être porté en prison. Van Cauter lui attache les pieds dans deux anneaux métalliques fermés avec un cadenas et reliés à un énorme poids. Le blessé demeure quatre jours dans cet endroit, sans soins et sans nourriture. 

À ce moment, parvient à Ikili la nouvelle de l'arrivée, par le fleuve Congo, d'un inspecteur de la Société. Pris de panique, Van Cauter fait transporter Isidore à Isako, pour le dissimuler, mais celui-ci se laisse glisser au bord d'un marais, près du chemin qui mène au débarcadère.

 

Témoignage de celui qui l’a ramassé

C'est un bon Samaritain qui, horrifié à la vue de ce malheureux couvert de plaies, le recueille et le conduit dans son propre village. Voilà son témoignage :

« Je vis un homme, le dos labouré de plaies profondes, suppurantes et puantes, couvert de saleté, harcelé par les mouches, s'aidant de deux bâtons pour s'approcher de moi, rampant plutôt que marchant. J'interroge le malheureux : “Qu'as-tu fait pour mériter une telle punition” Il me répond qu'étant catéchiste de la mission catholique des Trappistes de Bamanya, il avait voulu convertir les travailleurs de la factorerie et c'est pour cela que le Blanc de Yele l'avait fait fouetter avec une lourde cravache garnie de clous pointus. »

C'est là que l'inspecteur Dörpinghaus le trouve ; celui-ci déclare lui-même que le corps d'Isidore n'était qu'une plaie purulente envahie de mouches. Cet homme droit et humain le fait transporter sur son bateau à Busira pour le faire soigner chez un cousin, mais il est trop tard et l'infection ne peut plus être conjurée. L'enquête ordonnée devait montrer que le cas de Bakanja était loin d'être le seul: une véritable persécution contre les missions catholiques de la part des cadres de la S.A.B. était en cours. Le mot d'ordre était : empêcher par tous les moyens les employés africains de porter sur eux un Scapulaire ou un rosaire.

 

Derniers temps

Isidore reçoit les premiers soins par des gens charitables. Après six mois de souffrances atroces, sa situation empire chaque jour. Le 24 ou le 25 juillet, Bakanja reçoit la visite des missionnaires, les pères Gregoire Kaptein et Georges Dubrulle. Il peut se confesser, recevoir l'onction des malades et la communion. Il leur dit qu'il a pardonné à celui qui lui a fait du mal et que, du ciel, il priera pour lui.

« Père, je ne suis pas fâché. Le blanc m'a frappé, c'est son affaire. Il doit savoir ce qu'il fait. Bien sûr qu'au ciel, je prierai pour lui . »

 

Mort

Le dimanche, 15 août 1909, en la fête de l'Assomption dc la Bieuheureuse Vierge Marie, les chrétiens se réunissent devant la maison où se trouve Bakanja, à Ngomb'Isongu, dans le Busira, où il a été accueilli par le catéchiste Loleka. Le malade est rayonnant de joie de pouvoir unir sa voix à celle de la communauté. Au grand étonnement de l'assemblée, il se lève et fait quelque pas, en silence, le chapelet à la main. Après il se couche de nouveau. Puis il entre en agonie et s'éteint. Au cou, il a toujours le scapulaire.

  Épilogue

Épilogue

Trois ans plus tard, en 1912, Van Cauter a été condamné à deux ans de prison.

En 1917 les missionnaires ont fondé la mission de Bokote et ils ont enterré les restes du jeune martyr dans leur cimetière. 

Tous les témoins s'accordent pour dire que Van Cauter avait fait flageller Isidore à mort à cause de sa qualité de chrétien et en haine des disciples du Christ. Et c'est le Scapulaire qu'il portait ostensiblement, en signe de sa consécration à Marie, qui avait exaspéré cet homme brutal et l'avait décidé à supprimer le courageux catéchiste.

 

Béatification

Le 24 avril 1994, lors du synode pour l'Afrique, Isidore Bakanja, catéchiste au Congo, en ce premier pays sub-saharien qui accueillit la Bonne Nouvelle, fut béatifié par Jean-Paul II. 

Mémoire, le 12 août. 

Bakanja est le symbole de la victoire du bien sur le mal, de l'amour et du pardon sur la haine.

« Je parle aussi d’un catéchiste zaïrois : Isidore Bakanja, un vrai Zaïrois, un vrai chrétien. Après avoir donné tout son temps libre à l’évangélisation de ses frères, comme catéchiste, il n’hésita pas à offrir sa vie à son Dieu, fort du courage qu’il puisait dans sa foi et dans la récitation fidèle du rosaire. » 

Salut de Jean-Paul II à l'Eglise de Kisangani, Zaïre, 5 mai 1980 (voir le texte)

 

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