La Sainte Vierge

Thème Thérésien 

 

« Bientôt je l'entendrai cette douce harmonie
Bientôt dans le beau Ciel, je vais aller te voir
Toi qui vins me sourire au matin de ma vie
Viens me sourire encor… Mère… voici le soir !…
Chanter sur tes genoux, Marie, pourquoi je t'aime
Et redire à jamais que je suis ton enfant !…
 » (PN 54)

L'histoire de Thérèse avec la Vierge Marie est plus une histoire de complicité et de familiarité que de dévotion extatique. Encore et toujours, pour Thérèse, l'amour prime tout et sa relation avec la Vierge Marie n'est pas de fixer sa tente au sommet pour s'éblouir de la vie de Marie, mais plutôt pour vivre de sa vie. Et Thérèse se laisse aller à son audace d'expression pour manifester toute l'intensité qui habitait son cœur dans sa relation avec celle qu'elle considérait comme sa Mère de la terre autant que comme sa Mère du Ciel. « Car je te vois mortelle et souffrant comme moi » (PN 54), écrit-elle.

Dans sa relation personnelle avec Marie, Thérèse n'était pas à l'aise avec les prières toutes faites, par exemple avec le chapelet qu'il lui était difficile de réciter avec dévotion. Non pas qu'elle n'aimait pas les paroles, mais le style stéréotypé ne convenait pas à sa nature simple et directe. Il en était de même d'ailleurs pour le genre excessif d'admiration envers la Vierge Marie. Thérèse voyait Marie comme un modèle accessible aux plus petits comme elle. « Mère, ton doux Enfant veut que tu sois l'exemple / De l'âme qui Le cherche en la nuit de la foi. » (PN 54) Vers la fin de sa vie, Thérèse, aux prises avec sa souffrance et son épreuve de la foi, faisait de plus en plus appel à Marie comme soutien dans son pénible cheminement quotidien vers la mort. « En attendant le Ciel, ô ma Mère chérie, / Je veux vivre avec toi, te suivre chaque jour. » (PN 54) Thérèse était vraiment en communion de vie avec Marie d'une façon familière et intime.
 

Elle est plus Mère que reine

Ces paroles de sainte Thérèse sur la Sainte Vierge ont été recueillies par Mère Agnès le 21 août 1897 (CJ 21.8.3) :

« Que j'aurais donc bien voulu être prêtre pour prêcher sur la Sainte Vierge ! Une seule fois m'aurait suffi pour dire tout ce que je pense à ce sujet. J'aurais d'abord fait comprendre à quel point on connaît peu sa vie.

Il ne faudrait pas dire des choses invraisemblables ou qu'on ne sait pas ; par exemple que, toute petite, à trois ans, la Sainte Vierge est allée au Temple s'offrir à Dieu avec des sentiments brûlants d'amour et tout à fait extraordinaires ; tandis qu'elle y est peut-être allée tout simplement pour obéir à ses parents.

Pourquoi dire encore, à propos des paroles prophétiques du vieillard Siméon, que la Sainte Vierge, à partir de ce moment-là a eu constamment devant les yeux la passion de Jésus ? “
Un glaive de douleur transpercera votre âme” avait dit le vieillard. Ce n'était donc pas pour le présent, vous voyez bien, ma petite Mère ; c'était une prédiction générale pour l'avenir.

Pour qu'un sermon sur la Ste Vierge me plaise et me fasse du bien, il faut que je voie sa vie réelle, pas sa vie supposée ; et je suis sûre que sa vie réelle devait être toute simple. On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable, faire ressortir ses vertus, dire qu'elle vivait de foi comme nous, en donner des preuves par l'Évangile où nous lisons : “
Ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait.” Et cette autre, non moins mystérieuse : “Ses parents étaient dans l'admiration de ce qu'on disait de lui.” Cette admiration suppose un certain étonnement, ne trouvez-vous pas, ma petite Mère ?

On sait bien que la Sainte Vierge est la Reine du Ciel et de la terre, mais elle est plus Mère que reine, et il ne faut pas dire à cause de ses prérogatives qu'elle éclipse la gloire de tous les saints, comme le soleil à son lever fait disparaître les étoiles. Mon Dieu ! que cela est étrange ! Une Mère qui fait disparaître la gloire de ses enfants ! Moi je pense tout le contraire, je crois qu'elle augmentera de beaucoup la splendeur des élus.

C'est bien de parler de ses prérogatives, mais il ne faut pas dire que cela, et si, dans un sermon, on est obligé du commencement à la fin de s'exclamer et de faire Ah ! ah ! on en a assez ! Qui sait si quelque âme n'irait pas même jusqu'à sentir alors un certain éloignement pour une créature tellement supérieure et ne se dirait pas : “
Si c'est cela, autant aller briller comme on pourra dans un petit coin !

Ce que la Sainte Vierge a de plus que nous, c'est qu'elle ne pouvait pas pécher, qu'elle était exempte de la tache originelle, mais d'autre part, elle a eu bien moins de chance que nous, puisqu'elle n'a pas eu de Sainte Vierge à aimer ; et c'est une telle douceur de plus pour nous, et une telle douceur de moins pour elle !

Enfin j'ai dit dans mon Cantique : “
Pourquoi je t'aime, ô Marie !” tout ce que je prêcherais sur elle. »

« Ô Marie, si j'étais la Reine du Ciel
et que vous soyez Thérèse,
je voudrais être Thérèse 
afin que vous soyez la Reine du Ciel !!!
 » (8 septembre 1897) 

Thérèse écrivit ces lignes, les dernières de sa vie, au dos d'une image de la Sainte Vierge, le 8 septembre 1897, septième anniversaire de sa profession, cinq semaines avant sa mort.
 

Ne crains pas d'aimer trop la Sainte Vierge

Thérèse nous révèle dans son Cantique “Pourquoi je t'aime, ô Marie !” (PN 54), la profondeur de son amour pour la très Sainte Vierge… et tout ce que sa méditation sur l'Évangile lui fait découvrir sur cette « Mère chérie ».

Avec sa maman à la maison, Thérèse est initiée à l'amour de la Sainte Vierge par sa maman qui la prie chaque jour.

Gestes simples : lampions allumés aux divers sanctuaires, récitation du chapelet, dévotion du mois de Marie… Sa maman nous révèle : « Elle n'a pas quatre ans que déjà elle manifestait son bonheur de prier devant l'autel (familial) de Marie » (1).

Gestes douloureux et empreints de courage : sa maman très malade qui, dans l'espoir de guérir, se plonge dans l'eau froide de la piscine de Lourdes ou encore qui récite fidèlement son chapelet à genoux tous les jours jusqu'à sa mort. C'est d'ailleurs devant la statue de la Vierge, celle qui fera le « ravissant sourire » à Thérèse, qu'elle prie.

Cette prédilection pour sa Maman du Ciel a soutenu la Petite Thérèse dans les années difficiles qui ont suivi la mort de sa maman. Chaque jour elle s'applique à aimer davantage la Sainte Vierge et chaque soir elle demande à sa sœur Pauline : « Est-ce que la Sainte Vierge est contente de moi ? » (2).
 

Le sourire de Marie

À dix ans, Thérèse est plongée dans une terrible maladie dont elle dira plus tard qu'elle était « l'œuvre du démon » (Ms A, 28v°). La Vierge Marie l'en délivrera en imprimant dans le cœur de son enfant » jusqu'au fond de l'âme », son ravissant sourire. En ce dimanche de la Pentecôte, le 13 mai 1883, ses trois sœurs étaient à son chevet et suppliaient la Sainte Vierge pour sa guérison. À la prière de ses aînées, Thérèse ajoute la sienne : « Ne trouvant aucun secours sur la terre, la pauvre petite Thérèse s'était aussi tournée vers sa Mère du Ciel, elle la priait de tout son cœur d'avoir enfin pitié d'elle… Tout à coup la Sainte Vierge me parut belle, si belle que jamais je n'avais vu rien de si beau, son visage respirait une bonté et une tendresse ineffable, mais ce qui me pénétra jusqu'au fond de l'âme ce fut le “ravissant sourire de la Ste Vierge”. Alors toutes mes peines s'évanouirent… » (Ms A, 30r°)

À la suite du miracle du « sourire », la Petite Thérèse est tourmentée par bien des scrupules, car elle a été comme forcée de raconter son secret. Cette souffrance n'altère en rien ses sentiments à l'égard de Notre-Dame. Bien au contraire, elle les purifie.

À sa première communion, elle prononce au nom de ses compagnes l'acte de consécration à la Sainte Vierge : « Je mis tout mon cœur à lui parler, à me consacrer à elle, comme une enfant qui se jette entre les bras de sa Mère et lui demande de veiller sur elle. » (Ms A, 35v°) Plus tard elle dira : « S'il me survient une inquiétude, un embarras, bien vite je me tourne vers (Marie) et toujours comme la plus tendre des Mères elle se charge de mes intérêts. » (Ms C, 26r°)
 

Au Carmel

Dans son Acte d'Offrande à l'Amour Miséricordieux, c'est à Marie qu'elle « abandonne son offrande, la priant de […] la présenter (à la Bienheureuse Trinité) » (Pri 6, 1). Et c'est agenouillée devant la statue de la Vierge que Thérèse et sa sœur Geneviève prononceront cet Acte d'Offrande.

Toute la vie de Thérèse se déroule sous le regard attentif de sa Mère du Ciel et c'est avec le cœur de Marie qu'elle contemple et aime Jésus.

Elle s'unit au silence et à la contemplation douloureuse de Notre-Dame au pied de la Croix qui offre son Fils au Père et s'offre avec Lui.

« Refuge des pécheurs, 
c'est à toi qu'Il nous laisse 
Quand Il quitte la Croix 
pour nous attendre au Ciel.
 » (PN 54, 22) 

Selon Thérèse, la vie ne serait-elle pas un « Avent » avec Marie, une véritable conversion d'Amour au Christ dont elle est la Mère, à l'Esprit Saint dont elle est l'Épouse, au Père dont elle est la Fille ?

(1). P. Louis Guillet ocd, La Sainte Vierge et Sainte Thérèse, VT 91 p. 169.

(2). Id. p. 177.

Margot Ouellet / Montréal

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