| La souffrance |
|
|
|
Page 1 de 2 Vivre d'Amour, ce n'est pas sur la terreFixer sa tente au sommet du Thabor. Avec Jésus, c'est gravir le calvaire, C'est regarder la Croix comme un trésor!... Au ciel je dois vivre de jouissance Alors l'épreuve aura fui pour toujours Mais exilée je veux dans la souffrance Vivre d'Amour. Poésie 17 La souffrance« Quel bonheur de souffrir pour Celui qui nous aime à la folie et de passer pour folles aux yeux du monde » (LT 169), écrit Thérèse à sa sour Céline.En nous montrant le chemin de la souffrance à travers le don de soi, Jésus vient répondre à une attente profonde de l'humanité, celle de l'amour sacrificiel volontaire, qui rejoint le fond véritable de notre nature liée à la création toute entière qui est ordonnée à l'offrande. Jésus, en devenant le terme d'un amour total où le cour peut enfin transmettre toute sa puissance d'aimer par la souffrance, nous révèle notre condition d'enfants de Dieu en nous faisant comprendre « qu'il y a plus de joie à donner qu'à recevoir ». Jésus a bu au calice de l'amertume jusqu'à la lie, jusqu'à la mort d'amour, et Il l'a présenté à Thérèse. « J'ai voulu saisir cette coupe que Jésus me présentait (la souffrance), mais Lui, retirant sa main, me fit comprendre que l'acceptation Le contentait. » (Ms C, 10v°) Elle a voulu passionnément boire à la coupe de Jésus. Mais ce n'est pas la densité de la souffrance que recherche Thérèse, c'est l'amour, c'est le oui à l'offrande dans la foi. Pourquoi la souffrance ? Cela s'inscrit dans le mystère du péché assurément, mais infiniment plus dans le mystère de l'amour. Comment dire la force de l'amour qui brûle le cour de Thérèse à mesure qu'elle aime plus exclusivement le Christ sinon dans une conformité à ses souffrances, comme l'apôtre Paul qui « complète en sa chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son corps qui est l'Église. » (Col 1, 24) ? Joie de croire ! Joie de souffrir !Si elle a souffert ! De toutes les souffrances possibles : morales, physiques, spirituelles, du corps, de l'âme, du cour. « Ce que j'ai souffert ici-bas, il faudra le faire savoir aux âmes. » Déjà adolescente : « Ce que j'ai souffert, je ne pourrai le dire qu'au Ciel ! »Au fait, Thérèse a trouvé la formule qui dit tout : « J'ai possédé la souffrance ». Et qui veut en savoir davantage ouvrira le livre largement documenté de Guy Gaucher sur" La passion de Thérèse de Lisieux". Le plus désarmant est qu'elle ne cesse de proclamer sa joie ! Comme si le mal pouvait se changer en bien, comme l'eau en vin ! « La souffrance, je la réclame... Ma joie, c'est d'aimer la souffrance ». Priante, elle va jusqu'à remercier Dieu « de m'avoir fait passer par le creuset de la souffrance ». Dans ses lettres, et d'un style qui appelle davantage la confidence, elle parle souvent du prix de la souffrance. 11 avril 1896, à sa sour Léonie : « Il était nécessaire que la souffrance nous éprouvât. » Plus tôt, toute petite : « Je sentis naître en mon cour un grand désir de la souffrance... La souffrance devint mon attrait, elle avait des charmes qui me ravissaient sans les bien connaître. » Comment peut-elle affirmer, encore deux mois à peine avant sa mort, au P. Roulland : « Depuis longtemps la souffrance est devenue mon Ciel ici-bas » ? Sensible, intuitive, on s'en doute, avec une nature de plus en plus fragile, une tuberculose plus aiguë (elle en mourra), elle a constaté que l'esprit, lui, n'est pas atteint, que la souffrance le raffine, tout comme les joies sont toujours mêlées de souffrances. Surtout, « ne croyons pas de pouvoir aimer sans souffrir beaucoup. » En toutes ses épreuves - elle en vient jusqu'à douter du Ciel et comprendre que d'autres peuvent se suicider - elle vérifie, grâce aidant, la référence essentielle de sa vie : Jésus ! Jésus! I1 faut ! Il faut ! Question d'amour. Question de solidarité. Qui veut aimer avec Lui souffrira comme Lui. « N'est-ce pas en souffrant que Jésus a racheté le monde... Il n'y a que la souffrance qui puisse enfanter des âmes à Jésus » et « la souffrance nous rend semblables à Lui. » Conclusion: « Je ne désire qu'une chose... de toujours souffrir pour Jésus ». Identité accomplie. Comme autrefois saint Paul écrivant à ses Colossiens (1, 24) : « Je trouve maintenant ma joie dans les souffrances que j'endure pour vous ». Ce que peut faire une amitié orientée ! P. Benoît Lacroix o.p. |