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Le Carmel au Québec

La foi
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La foi
«Nous n'avons que cette vie...»
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Lorsque le Ciel bleu devient sombre
Et qu'il semble me délaisser,
Ma joie, c'est de rester dans l'ombre
De me cacher, de m'abaisser.
Ma joie, c'est la Volonté Sainte
De Jésus mon unique amour
Ainsi je vis sans nulle crainte
J'aime autant la nuit que le jour
PN 45

La foi

« Je chante simplement ce que je veux croire. »

Dans cette phrase de Thérèse (Ms C, 7v°), tout le dynamisme et la pureté de sa foi passent. La foi est le principe, la première cause des dons de Dieu. À travers sa voie d'enfance et le sentiment de sa petitesse, Thérèse a reçu la grâce d'entrer dans la nuit obscure de son âme où sa foi s'est développée au-delà de toutes ses espérances qui n'étaient pas petites. Elle écrit : «Jésus permit que mon âme fût envahie par les plus épaisses ténèbres... » (Ms C, 5v°)

L'épreuve de la foi chez Thérèse de l'Enfant-Jésus l'a fait accéder au monde des pécheurs à sauver en elle-même, dans une solidarité existentielle. Dans sa foi mise à l'épreuve, elle a voulu, comme Jésus, s'asseoir à la table des pécheurs comme elle le dit elle-même : «Seigneur, votre enfant... vous demande pardon pour ses frères... Ayez pitié de nous Seigneur, car nous sommes de pauvres pécheurs !... Que tous ceux qui ne sont point éclairés du lumineux flambeau de la Foi le voient luire enfin. » (Ms C, 6r°)

C'est pendant le temps pascal 1896, dix-huit mois avant sa mort, que Thérèse a expérimenté cette épreuve terrible dans sa foi, qui l'a associée de près à l'ultime épreuve de Jésus, et cela a duré jusqu'à l'avant-dernière minute de sa vie. Au fond, le vrai témoignage de Thérèse a été celui de la foi poussée jusqu'à l'extrême limite de son amour. C'est ainsi qu'elle déplace encore aujourd'hui des montagnes d'incrédulité.

Thérèse : sa foi, son ciel

La foi thérésienne est en effet destinée, dans son expression, à notre temps. Thérèse, « la plus grande sainte des temps modernes », n'est pas simplement une médiatrice du Ciel, elle est, si j'ose dire, une voix même du Ciel qui nous parle encore aujourd'hui, entre technicité et angoisse existentielle, crise du sens et désespoir d'un monde déjà post-post-moderne... Thérèse est au diapason de nos espoirs et de nos angoisses car sa mentalité est déjà la nôtre.

 La foi

Thérèse est bien fille du Carmel et de saint Jean de la Croix. Elle a soif d'absolu. Tout de suite... Amoureuse, audacieuse, elle a soif de Dieu, elle a soif de la vie et de son secret : « Oui, notre cour pressent ce que le cour ne saurait comprendre, puisque parfois nous sommes sans pensées pour exprimer un je ne sais quoi que nous sentons dans notre âme ! » (LT 124)

 Et cette jeune fille qui s'interroge sur le « je ne sais quoi » de la vie et de tous ses mystères, veut avant tout vivre d'amour. C'est bien là l'unique but de Thérèse : aimer !

La Foi bientôt déchirera son voile
Mon Espérance est de te voir un jour
La Charité enfle et pousse ma voile
Je vis d'Amour !...
(PN 17)

Si la foi est pour elle la modalité de l'amour sur cette terre, Thérèse n'en aspire pas moins à la jouissance du Ciel. Ce Ciel, c'est Jésus lui-même, et Thérèse aspire à la jouissance du Ciel, d'être enfin avec son bien-aimé.
 

La vie de foi lui donne déjà cet amour... mais dans « l'ombre ».

 La foi de Thérèse est enracinée dans la certitude secrète et cachée de posséder déjà le trésor du Ciel. Cette foi ira jusqu'au feu d'une grande épreuve dans les dernières années de sa vie. D'affreuses pensées l'obsèdent... Elle subit un véritable tourment mais elle ne cesse d'offrir ces peines pour obtenir la lumière de la foi aux incroyants.
 

Le ciel

Thérèse a une si haute idée du Ciel, qu'elle ne souhaite à aucun prix d'autre jouissance que celle du Ciel absolu : « Après tout, cela m'est égal de vivre ou de mourir. Je ne vois pas bien ce que j'aurais de plus après la mort que je n'aie déjà en cette vie. Je verrai le bon Dieu, c'est vrai ! mais pour être avec lui, j'y suis déjà tout à fait sur la terre. » (CJ 15.5.7)
 

Thérèse se réfugie dans une attitude toute mariale de pauvreté et d'abandon.

Pour la plupart d'entre nous, le Ciel que nous espérons est certes le Ciel de Dieu. Il est un lieu de bonheur où finalement nous serons heureux avec Dieu sans pour autant disparaître entièrement. Il est le plus souvent un lieu de réconciliation et de repos éternel. Thérèse ne désavoue pas un tel Ciel.

Le Coeur de Dieu, le ciel de Thérèse
Pourtant, Thérèse a deviné, en contemplant Marie, que le Ciel était bien autre chose. Le Ciel de Thérèse c'est le Coeur de Dieu lui-même. Et ce Coeur est douloureux. Oserai-je parler d'une souffrance du Ciel ? D'une souffrance du Coeur de Dieu ? C'est bien ce que Thérèse a pressenti au sein de son épreuve de la foi. Sa foi veut rejoindre la douleur de Dieu et elle seule. Voilà sa béatitude :

« Malgré cette épreuve qui m'enlève toute jouissance, je puis cependant m'écrier : "Seigneur vous me comblez de joie par tout ce que vous faites." Car est-il une joie plus grande que celle de souffrir pour votre amour ? [...] Jamais je n'ai si bien senti combien le Seigneur est doux et miséricordieux. » (Ms C, 7r°)

Ainsi, bien orientée vers une vision surnaturelle du Ciel, plongée dans le Christ, Thérèse peut sans cesse ouvrir sa foi à la mission. Thérèse a toujours eu, si j'ose dire, cet élan missionnaire (cf. Pranzini, son premier enfant), mais c'est à travers son épreuve de la foi qu'elle découvre le véritable sens et la portée missionnaires de cette épreuve.

P. Pierre Éliane, ocd



 


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